Tamiki Hara
Tamiki
Hara (原
民喜)
est un romancier et poète japonais.
Après
des études de lettres à l'Université Keiô de Tokyo, il est
diplômé de littérature anglaise en 1932.
Il
écrit des poèmes, des nouvelles ; intéressé par le dadaïsme et
le marxisme, il participe un moment à des mouvements de gauche.
Il
fait une tentative de suicide, se sentant trahi par une ancienne
prostituée qu'il voulait sortir de son milieu.
En
1933, il se marie et en 1935, il publie son premier recueil de
nouvelles, "Flammes".
Il
enseigne l'anglais à partir de 1942 à Funabashi (préfecture de
Chiba).
Après
la mort de sa femme en 1944, il se rend à Hiroshima, où il survivra
à l'explosion de la bombe atomique du 6 août 1945.
Il
écrira par la suite nombre de nouvelles et poèmes sur le thème de
la bombe atomique.
"Shingan
no kuni" ("Le Pays de désir du cœur", 1951) le
dernier ouvrage de Hara, peut être interprété comme étant sa note
de suicide. Il se tue à Tokyo le 13 mars 1951 en se jetant devant un
train. Son état mental déjà fragile est exacerbé par le
déclenchement de la guerre de Corée qui semble confirmer son
pressentiment d'un avenir sombre de l'Histoire.
Le surlendemain, c'était la bombe atomique.
Comme nous avancions sur l'étroit chemin de pierre qui longe la rivière, je vis pour la première fois des grappes humaines défiant toute description. Le soleil était déjà bas sur l'horizon, le paysage environnant pâlissait. Sur la grève, sur le talus au-dessus de la grève, partout les mêmes hommes et les mêmes femmes... ! Il était presque impossible de reconnaître un homme d'une femme tant les visages étaient tuméfiés, fripés. Les yeux amincis comme des fils, les lèvres, véritables plaies enflammées, le corps souffrant de partout, nus, tous respiraient d'une respiration d'insecte, étendus sur le sol, agonisant. A mesure que nous avancions, que nous passions devant eux, ces gens à l'aspect inexplicable quémandaient d'une petite voix douce : « De l'eau, s'il vous plaît, de l'eau... », ou encore nous suppliaient : « Faites quelque chose, sauvez-nous... » Presque partout ce n'était que plaintes.
Leurs visages enflés, tordus, horribles à voir, avaient presque doublé de volume, et seuls leurs cheveux, emmêlés et brûlés, indiquaient qu'il s'agissait de femmes. Tout d'abord, plus que de la pitié, elles m'inspirèrent de l'horreur.
Penchée au-dessus d'un bac d'où s'échappait de la vapeur, je vis une femme, crâne énorme et cheveux brûlés, qui tenait entre ses mains un bol et buvait lentement de l'eau chaude. Cette tête, boursouflée et étrange, était toute boutonneuse, comme parsemée de haricots noirs. Et les cheveux étaient rasés en ligne droite, juste au niveau de l'oreille. (Plus tard, à force de voir des blessées avec cette coupe si particulière, je compris que c'était la marque du chapeau en dessous duquel les cheveux avaient été brûlés).
Fleurs d'été (1953)

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