Marcel Béalu et le Pont traversé

Marcel Béalu était un écrivain que j'appréciais énormément. J'avais appris qu'il tenait une librairie installée depuis 1973 dans une ancienne boucherie, à l'angle de la rue de Vaugirard et de la rue Madame, près du jardin du Luxembourg et qui avait pour nom « Le Pont traversé ». Je m'y rendais souvent quand j'allais à Paris et, le plus souvent, Marcel Béalu était là, dans son domaine. Il semblait un peu froid au premier abord. Mais, lui ayant parlé de Huysmans, dont je m'étais entiché à l'époque, il me montra quelques exemplaires numérotés de « Là-bas » et de « A rebours ». Je ne peux pas dire que nous ayons sympathisé, mais à chacune de mes visites, il se faisait plus enjoué et n'avait de cesse que de me faire connaître tel ou tel poète. J'étais alors un peu étudiant, un peu comédien, un peu curieux. Le Pont traversé était un endroit étonnant, une librairie habitée par un poète qui avait ses tiroirs secrets, ses livres enveloppés sous cellophane, ses gravures grivoises.

Mes virées dans cet endroit ont duré des années, et au printemps 1993 j'y allais encore entre deux spectacles que je jouais à Paris. J'y retrouvais le maître des lieux et comme à l'accoutumée je pensais avoir une belle discussion avec lui. Je lui parlais donc de Maurice Blanchard, le poète qui a écrit notamment « Débuter après la mort ». A ma grande surprise, Béalu se fâcha et me dit : « J'en ai assez qu'on me demande si j'ai connu un tel ou un tel, vous croyez pas qu'il est temps que je m'occupe de moi ! »

C'était notre dernière rencontre, il devait mourir deux mois plus tard en juin 1993. 



 

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