Mitsuo Nakamura
Nakamura Mitsuo naît à Tokyo dans le quartier populaire de Shitaya, (aujourd'hui Akihabara). Il étudie le français tandis qu'il est au lycée et en avril 1931, il intègre l'école de droit de l'université impériale de Tokyo. Il la quitte après deux mois, mais il revient l'année suivante comme étudiant au département de littérature française où il présente une thèse sur l'œuvre de Guy de Maupassant.
Nakamura fait montre d'un talent pour la littérature à un âge précoce, et alors qu'il est encore étudiant à l'Université impériale de Tokyo soumet des essais de critique littéraire au magazine littéraire Bungakukai (« Le Monde littéraire »).
En 1938 il part étudier à Paris sur l'invitation du gouvernement français mais est contraint de rentrer au Japon l'année suivante au début de la Seconde Guerre mondiale. En 1940, il travaille brièvement pour le Ministère japonais des Affaires étrangères, et en 1941 accepte un poste chez la maison d'édition Chikuma Shobo.
Après la guerre, Nakamura est peu de temps instructeur à l'académie de Kamakura, avant d'accepter un poste comme professeur à l'université Meiji en 1949.
Un seul texte de Mitsuo Nakamura a été traduit en français : Paris 1872 Journal de Ryûhoku Narushima, dans Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines (Tome I), traduction par Brigitte Koyama-Richard, Gallimard, 1986.
Paris 1872
15 janvier (mercredi, neige)
Napoléon III est mort. Encore un ancien allié qui vient de quitter ce monde. Bismarck va pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Le Japon prendra-t-il la Prusse comme modèle ?
Hier soir, je suis allé me divertir dans une maison close de l'avenue de Wagram. La chaleur ambiante était diffusée dans toute la maison par un calorifère ; à l'intérieur c'était pour ainsi dire le début de l'été et les filles qui entraient dans le salon étaient presque nues et exhibaient intentionnellement leur entrejambe. Il était également curieux d'observer la différence de couleur entre leurs cheveux et les poils de leur pubis. J'ai étreint une prostituée et quand nous avons monté l'escalier, j'ai vu que des miroirs avaient été fixés aux quatre murs de la chambre et au plafond ; la fille a tiré mes vêtements, me les a arrachés et s'est mise à s'amuser comme une bête sauvage. Dehors, des gens étaient transis de froid par cette nuit de neige ; je me plaisais à regarder dans le reflet du miroir l'attitude impudique de ces deux bêtes sauvages, l'une jaune, l'autre blanche, ruisselantes de sueur. Un héros a quitté ce monde, l'homme ordinaire dévore une vie banale. J'ai écrit une poésie mais ne la noterai pas ici.

Commentaires
Enregistrer un commentaire