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Affichage des articles du novembre, 2021

Le lièvre et le bélier

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  ( conte Schillouk recueilli sur le Nil blanc en 1908 ) Le lièvre vit une fois le bélier en train de briser un arbre pour se procurer du bois à brûler. "Je pourrais en faire autant", dit le lièvre. Et, incontinent, il donna si fort de la tête contre le tronc d'un arbre que sa tête entière entra dans ses épaules. Il se mit alors à hurler très fort ; le bélier se retourna et vit le lièvre sans tête. Il regarda et vit que sa tête était entrée dans son corps. Il l'attrapa par les oreilles et tira, si bien que la tête se remit en place. Le lièvre s'en retourna chez lui en jurant de ne jamais plus essayer d'imiter les magiciens.

Horakhty

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  Horakhty  ou « Horus de l'Horizon » est la personnification du Soleil au zénith, lorsqu'il est au maximum de sa puissance. Ce dieu apparaît souvent en association avec Rê, aussi est-il surtout connu sous la dénomination de Rê-Horakhty. Dans l'iconographie, ce dieu est représenté sous les traits d'un homme hiéracocéphale. La tête est surmontée d'un disque solaire qui se trouve entouré par un serpent-uræus afin de symboliser le feu destructeur de la divinité. Horakhty peut aussi apparaître sous l'apparence d'un faucon coiffé du disque solaire. Cet ancien dieu céleste a été très tôt vénéré à Héliopolis. À partir de la Ve dynastie, son culte fusionne avec ceux d'Atoum le démiurge et de Rê le soleil. Sous le règne d'Akhenaton, la puissance divine s'incarne dans l'Aton, le disque solaire. Dans la pensée religieuse égyptienne, l’Akhet ou « l'Horizon » est l'endroit où apparaît et disparaît le soleil. Ce mot s'écrit avec un idéogramme q

Ganoub

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  Ganoub, souffle de Nubie Débarqués des grandes plaines désertiques  de la haute Egypte, le groupe Ganoub exporte les sonorités oubliées du plus vieil instrument à vent de Nubie, l'arghoul, à l'occasion du festival Paris Quartier d'été en 2000. Sorte de clarinette double en roseau, difficile à manipuler, l'arghoul a pratiquement disparu de la vie musicale égyptienne, balayée par les sons lapidaires de la variété. Membre de Ganoub, Mostafa Abdel Aziz (1929-2002) fut le dernier virtuose, sans successeur désigné, de l'instrument. Attaché à la conservation des sons ancestraux de la musique égyptienne traditionnelle, Ganoub s'est ouvert aux rythmes contemporains électroniques, à la suite d'une rencontre scénique avec les Nantais du groupe Orange Blossom et les Italiens de Novalia. Le résultat de la rencontre fut étonnant, mélangeant violence techno et plaintes lancinantes de l'arghoul. Ganoub est un ensemble de musiciens et de chanteurs traditionnel

Hypatie

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  La mise à sac de la dernière grande bibliothèque d'Alexandrie correspond avec l'arrivée des chrétiens qui ont mis à mort également Hypatie, femme courageuse et intelligente qui consacra sa vie à l'étude et à l'enseignement. Voici ce qu'en dit Irene Vallejo dans son exceptionnel ouvrage : « L'infini dans un roseau » (2021) : En 415, en plein carême, une foule en colère, aux ordres des partisans de Cyrille, vint chercher Hypatie, l'accusant de sorcellerie. Elle se défendit et cria tandis que les assaillants de jetaient sur elle, mais personne n'osa lui venir en aide. Les fanatiques chrétiens la traînèrent jusqu'au Césaréum, qui avait été autrefois un temple des dieux de l'ancienne religion. Là, à la vue de tous, ils commencèrent à la frapper brutalement avec des morceaux de céramique. Ils lui arrachèrent les yeux et la langue. Quand elle fut morte, ils emportèrent son corps hors de la ville, prélevèrent ses organes et ses os et brûlèrent les res

Le "baouab"

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  Bab , c'est la porte, et baouab , le portier. Assis devant la porte, le baouab garde la maison ou l'immeuble. Son principal outil est un siège. Le banc de jadis s'est transformé en chaise et souvent en fauteuil. Un baouab n'est pas assis n'importe comment. Il a une manière bien particulière de glisser une jambe sous lui, en tailleur, ou de s'étaler, ventre en avant, presque couché. Contemplatif, on le verra égrener sa sebha (chapelet), ou taquiner ses orteils. Il se lève régulièrement pour remplier diverses tâches dans les étages. Jeune et débrouillard, il en ajoutera d'autres : jardinier, gardien de parking, agent immobilier, parfois même employeur, sous-traitant certaines de ses activités. Mais il revient tôt ou tard à l'essentiel : à son siège, usé, culotté comme une pipe. De ce poste, le baouab voit tout, sait tout. Même les gens de l'immeuble se sentent surveillés. Le baouab observe les mouvements de la rue, renseigne les passants, mai

Le proverbe du samedi

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  Les salutations entraînent la conversation et la conversation entraîne les pastèques. Le bavardage ne produit que disette. Ce proverbe est très entendu au Koweït. Il a pour origine le conte suivant : Un marchand de pastèques chargeait ses fruits pour aller les vendre en ville. Un bédouin, passant par là, lui souhaita bon courage et le marchand de lui répondre : « A toi, que le courage te manque. » Le bédouin s'en alla fâché. Le fils du marchand qui assistait à la scène, demanda à son père pourquoi il avait été grossier avec le passant et le père de répondre : « Si je lui avais rendu son salut, il m'aurait demandé des nouvelles de mes pastèques, ensuite il m'aurait demandé d'en goûter une, et enfin de lui en donner quelques-unes et nous serions perdants. En ne liant pas conversation, nous avons sauvé notre temps et notre argent.

Agostino John Sinadino

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  Agostino John Sinadino (né en 1876 au Caire, mort en 1956 à Milan) est un poète et un écrivain italien d'origine grecque, ayant également publié un certain nombre d'œuvres en français. Il est considéré comme un représentant de premier plan du symbolisme européen, dans sa dérivation post-mallarméenne. Proche de D'Annunzio et de Marinetti, inspiré par André Gide et Paul Valéry, A. J. Sinadino a contribué à l'avant-garde littéraire du début du siècle. Dernier temple Extrême temple hagard D'une planète éteinte Que sibylline teinte Hécate de ses fards Dans la secrète enceinte Qu'elle perce d'un dard Curieux d'os épars L'immobilité feinte Ils parcouraient l'espace crime que l'astre efface avec tout ce qui nuit Mais des os bondit l'arbre Qui martèle le marbre Et se perd dans la nuit

Finalement qu'en est-il du mou de veau?

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  On le sait, il doit sa réputation à Raymond Roussel qui en 1909 écrivait : « Les pieds de la statue reposaient sur un véhicule très simple, dont la plate-forme basse et les quatre roues étaient fabriquées avec d’autres baleines noires ingénieusement combinées. Deux rails étroits, faits d’une substance crue, rougeâtre et gélatineuse, qui n’était autre que du mou de veau, s’alignaient sur une surface de bois noirci et donnaient, par leur modelé sinon par leur couleur, l’illusion exacte d’une portion de voie ferrée ; c’est sur eux que s’adaptaient, sans les écraser, les quatre roues immobiles. » (Impressions d’Afrique, Chapitre I) Dans « Comment j'ai écrit certains de mes livres », il explique : « quelques images, comme celle de la statue de l'ilote faite en baleines de corset, roulant sur des rails en mou de veau, c'est très simple. Baleine (mammifère marin) à îlot (petite île) ; 2° baleine (lamelle) à ilote (esclave spartiate) ; 1° duel (combat à deux) à accolade (deux a

Conte du Nil blanc

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  Le lièvre et le corbeau ( conte Schillouk recueilli sur le Nil blanc en 1908 ) Une fois, le lièvre vit le corbeau réunir des brindilles de bois pour cuire sa nourriture. Comment fera-t-il pour y mettre le feu, se dit le lièvre. Pendant qu'il réfléchissait, le corbeau sortit un de ses yeux et le plaça à côté des brindilles de bois ; à l'instant le feu ayant pris, le corbeau remit son œil et fit cuire sa nourriture. Puis il partagea son repas avec le lièvre. En retournant à son gîte, le lièvre se disait : Tout cela est bien facile. Le lendemain, il invita le corbeau, et, pour cuire son déjeuner, il enleva son œil et mit le feu aux brindilles de bois. Il était si content d'avoir réussi, qu'il oublia de remettre l'œil dans son orbite. Lorsqu'il s'en rendit compte, il fut effrayé de voir que les fourmis blanches avaient entamé l'œil. Heureusement, le corbeau n'était pas encore parti ; il piqua toutes les fourmis, nettoya l'œil

Conte d'Orient

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  Mourad Bobo et le Khan Il était une fois un pauvre homme qui s'appelait Mourad Bobo. Un jour qu'il labourait son champ, le soc de sa charrue s'enfonça dans le sol, se coinça et les bœufs s'arrêtèrent. Mourad regarda le sillon et vit une cruche enterrée. Elle était pleine de ducats. A ce spectacle, il se réjouit et se dit : Le besoin ne viendra plus jamais attrister ma maison ! Adieu pour toujours, pauvreté ! Mais, en relevant la tête, il aperçut un des cavaliers de la garde du Khan qui passait par là et commença à trembler de crainte. Et si le soldat a vu mon trésor et s'en va tout raconter au Khan ? Cela serait vraiment la pire des malchances, car le Khan trouverait mille accusations contre moi lui permettant de s'emparer de l'or. Il serait peut-être plus sage de tout dire aussitôt au garde. Il appela donc le soldat et lui fit signe de revenir sur ses pas. Le soldat tira sur ses rênes et fit retourner son cheval. Mais avant qu'il n

Gazbia Sirry

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  Une grande dame vient de mourir... Certains ont vu en sa disparition la fin d’une époque. Gazbia Sirry est née en 1925, elle fait donc partie de ceux qui ont grandi dans le sillage de la Révolution de 1919, cette génération d’artistes plasticiens dits des années 1940, lesquels ont bouleversé les normes. Ils étaient rebelles, modernes, parfois politisés, engagés ou marqués idéologiquement, ouverts sur tous les courants de la peinture, en même temps très authentiques. Comme eux, elle a peint la vie des petites gens, cependant, sa famille appartenait à une classe relativement aisée. Son père était juriste, qui a fait son doctorat en France, mais il est mort alors qu’elle n’avait que 4 ans. D’ailleurs, après un diplôme spécialisé en art vers 1948, elle part parachever ses études supérieures à Paris, ensuite à Rome et à Londres. Avant, elle avait rejoint les groupes artistiques récalcitrants qui cherchaient à rompre avec l’académisme, en se trouvant d’autres chemins. Par exemple, elle é

Bakchich

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   Les francophones d'Egypte ont spontanément adopté le verbe bakchicher , qu'ils conjuguent à tous les temps. N'est-ce pas une activité quotidienne incessante et nécessaire? Le billet se glisse naturellement dans la main du serveur, du portier, du facteur, parfois même du policier en faction. Il existe au moins un musée au Caire où le gardien éteint les vitrines lorsqu'il vous voit approcher, pour les rallumer une à une, en votre honneur, et encaisser sa récompense... « Le bakchich commence en Egypte et nous suivra jusqu'en Inde », écrit Jean Cocteau dans Le tour du monde en quatre-vingt jours . En effet, la vallée du Nil n'en a pas le monopole. Le mot, d'origine persane ( bahsis ) puis adopté par les Turcs ( baksis ), est devenu universel. A l'origine, il désignait un acte pieux (le don accordé aux mystiques qui se consacraient à la prière) ou un geste de bienvenue (le petit présent offert à l'invité pour mieux l'accueillir chez soi). Son sens

Le proverbe du samedi

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  Si tu viens à fréquenter la compagnie des rois, entre sourd et sort muet. Ce proverbe a pour origine une fable : un lion était tombé malade et tous les animaux vinrent lui rendre visite à l'exception du renard. S'étant enquis de son absence, le loup dit au lion que le renard était absent par manque d'égard envers lui. Le lion, vexé, se promit de se venger du renard. Ayant eu vent des propos du loup, le renard se présenta le lendemain devant le lion qui lui demanda les raisons de son absence. Celui-ci lui dit que, le sachant malade, il s'était mis à la recherche d'un remède pour le guérir. Et quel est le remède ? dit le lion. Un peu de sang venu des testicules d'un loup avec lequel vous badigeonnerez votre douleur qui guérira sur le champ. Le lendemain quand le loup se présenta devant le lion, celui-ci lui sauta dessus et lui arracha se testicules ; le loup se sauva tout endolori. A la porte l'attendait le renard qui lui dit la phrase de

Joyce Mansour

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  A André Pieyre de Mandiargues LES MORTS AUX TÊTES DE CHIEN Je sais que les morts en coït muent et réapprennent à souffrir Quand la lune sort sa verge aux yeux de pluie Ils bougent dans leurs plaies et tournent et semblent défaillir Endiablés par le vide Perdus disloqués Ils emplissent l'air de leurs membres ouvrent leurs bouches crient Des perles bourgeonnent sur leurs jolis moignons Le lait jaillit Mais la bruine gonfle les cieux où nage la pourriture Noyant même les morts aux yeux endimanchés Noyant les tyrans qui se disputent l'éternité Faisant flotter hommes et biens Femmes enfants hommes chiens chiens à tête d'homme Tous ces chiens d'hommes Ces biens d'hommes Dans la soupe filandreuse Du néant

Tewfik El Hakim

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  L E BISTROT – Tu n'es pas émerveillé par cet événement ? Ce n'est pas tous les jours qu'il arrive qu'on vende un Sultan ! LE SAVETIER – Ecoute, mon vieux ! Je te le dis en toute franchise. Même si j'avais assez d'argent pour l'acheter, je ne l'achèterais pas. LE BISTROT – Comment ? Tu ne l'achèterais pas ? LE SAVETIER – Non. Que veux-tu que je fasse d'un Sultan dans ma boutique ? Je ne pourrais pas lui apprendre mon métier. Je n'oserais jamais lui demander de travailler. Par contre, je serais obligé de le nourrir, de l'entretenir et de le servir moi-même. En somme, il serait un fardeau sur mes épaules. Un article de luxe qui ne me convient pas et qui me coûterait cher. Voilà ce que ça serait. LE BISTROT – Ce que tu es bête ! LE SAVETIER – Et toi ? Tu l'achèterais ? LE BISTROT – Naturellement. LE SAVETIER – Qu'en ferais-tu ? LE BISTROT – Oh, tant de choses ! Rien que sa présence chez moi attirerait toute la ville. Je lui

Conte du Nil blanc

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  Le lièvre et la girafe ( conte Schillouk recueilli sur le Nil blanc en 1908 ) Le lièvre ayant été voir la girafe, il la trouva préparant son gruau. Comment faites-vous pour le manger sans beurre ni graisse, dit le lièvre. Qu'à cela ne tienne, répondit la girafe, et prenant un bâton, elle cassa une de ses jambes de devant ; il en coula une moelle excellente. Lorsque le gruau fut imprégné de moelle, la girafe remit son sabot sur son pied et déjeuna avec le lièvre comme si de rien n'était. Le lièvre se disait : Cependant c'est facile, je pourrais en faire autant. Après le déjeuner, il invita la girafe à venir déjeuner avec lui le lendemain. Au moment voulu, il prit un bâton et se cassa la jambe ; cela lui fit grand mal et rien ne coula. La girafe lui répara la jambe et s'en alla.

Les quarante mensonges

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  Il était une fois un Khan très cruel. Une nuit, il resta longtemps avec ses courtisans à boire, et, l'alcool lui montant à la tête, il devint plus cruel encore et fit annoncer ceci par ses crieurs publics : « Si quelqu'un réussit à me raconter une suite ininterrompue de quarante mensonges, je le couvrirai d'un tas d'or aussi haut que lui. En vérité, je le rendrai si riche qu'il ne connaîtra plus un désir sans pouvoir le satisfaire. De plus, s'il le souhaite, il pourra épouser ma fille et devenir mon premier ministre. Cependant, si le moindre mot vrai se glisse dans son récit, je le ferai pendre sans cérémonie, fut-il lui-même le plus noble des ministres. » Beaucoup essayèrent, quitte à perdre la vie, mais personne ne réussit jusqu'au jour où un enfant abandonné parut devant le Khan. Il était vêtu de haillons et si maigre qu'on pouvait croire qu'il n'avait jamais mangé à sa faim dans sa vie. Ses lèvr

Gihan Omar

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  Gihan Omar sait narrer dans l'espace du poème. Elle dit les choses du quotidien d'une façon profonde et simple. La vie de tous les jours est saisie dans un mouvement dynamique et paisible. Tout est enchevêtré de manière indissoluble, mais elle le fait dans un langage clair, simple et expressif, se rapprochant de la philosophie poétique de Yannis Ritsos. «  La poésie n’a jamais le dernier mot. Mais toujours le premier  », dit-elle. Son deuxième recueil de poèmes en prose  Qabl An Nakrah Paolo Coelho  (avant de détester Paolo Coelho) a été traduit de l’arabe vers le français en 2010, aux éditions  L’Harmattan . «  Dans ce recueil, je conteste la Légende personnelle de L’Alchimiste de Coelho. Je vois que les signes ne sont pas toujours un bon guide à suivre, ils peuvent souvent nous tromper ou nous dérouter  ». Gihan Omar est née dans la ville de Belbeis, au gouvernorat de Charqiya, d’un père officier-ingénieur en aéronautique à l’armée égyptienne. Dans sa ville natale, elle

COP 26

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  Réunis à Glasgow pour la bonne cause toujours, les grands de ce monde ont tout de suite compris qu'ils ne se mettraient pas d'accord sur le charbon, ni sur la déforestation, ni sur la réduction des émissions de méthane, ni sur l'aide aux pays pauvres. Alors, se dirent-ils, ils faut quand même qu'on adopte une décision qui redonne l'espoir à la planète. Est venu sur la table le problème des Jeux Olympiques d'hiver, et la souris a accouché d'une montagne. En effet, avec le réchauffement climatique, il devient absurde de programmer des jeux dans des endroits où les flocons ne tombent plus que grâce aux canons à neige.  Alors il est envisagé d'organiser tout de même des Jeux d'hiver (parce que tout de même il faut donner à manger aux chaînes de télévision), mais sous une forme nouvelle. En fait, les Jeux Olympiques d'hiver seront exactement les mêmes que ceux d'été, mais on les organisera dans des régions froides. On pourrait même imaginer que

Albert Cossery

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  La jeune fille et le haschache Faiza était toute saisie par le tumulte soudain de ses sens en délire. Elle se sentait croître, se multiplier à l'infini. Il lui semblait que sa vie augmentait pendant que celle de l'homme roulait dans une absence illimitée. C'était comme une ville qui s'étalait, s'agitait paresseusement en elle, une ville orientale avec ses palais et ses lumières. Sa volupté se nuançait au rythme d'une musique barbare. Pareil aux élancements des hanches d'une danseuse effrénée, le plaisir la prenait par bonds successifs et nerveux. Des sons de crotales resserraient autour d'elle un cercle assourdissant. Elle entendait hurler une foule de femmes gesticulantes, comme dans ces fêtes où l'on exorcise le démon. Tout cela se passait à un point extrême et douloureux de son être. Sa tension s'était immobilisée dans l'attente du spasme. Il lui semblait buter contre un mur. La virilité de l'homme la pénétrait comme une lame. Et so