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Affichage des articles du novembre, 2020

Maradona, Oesterheld et la méritocratie de gauche

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  Par Alfredo Grande La culture répressive ne s'arrête jamais, tant qu'elle peut stériliser, amputer, mutiler la puissance révolutionnaire d'un événement. Maradona fut celui qui dribbla le mieux la culture répressive. Se démarquant de sa classe pour arriver à ces cieux que seuls les aigles affrontent. Lui, il atteint le ciel par ses pieds. Mais pas seulement. Sous le ciel, il y a la terre où il nous confectionna le meilleur tapis pour nous y promener d'un pas différent. On dit toujours que l'humour c'est fait pour dribbler la répression. C'est ce qu'il en est de Diego quand il laisse le pouvoir répressif nu et ridicule. Même les plus humiliés le chantent. C'est pénible de nous rendre compte que nous faisons partie de ce que nous refusons, de ce que nous sommes supposés combattre. Et même vainqueurs, nous perdons parce que nous utilisons les mêmes armes que nos ennemis. C'est comme aller au casino pour faire sauter la banque. C'est toujour

Jorge Luis Borges

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  Le temps légendaire ou historique des famines s'efface dans le poème « Ghetto » retranché du recueil « Ferveur de Buenos Aires », disparu dans l'édition de 1958, avec son titre premier « Juderia » argentine ou universelle qui devient une germanique « Judengasse » en 1943 et 1954. Ghetto Plaintes qui jamais ne cessent s'élèvent les murs haletants Murs si escarpés que dans leurs profondeurs les hommes sont tombés. Saignée jadis en vaines paroles aujourd'hui se sont cicatrisées les bouches Muettes comme le haillon d'infini que les arêtes des corniches torturent Et qui s'agenouille dans les yeux où la peur est aux aguets, Tandis que dans le geste de la résignation les automnales mains s'abandonnent Et les prières brisées s'effondrent du firmament implacable. Les ailes repliées les chérubins ont suspendu leur souffle. Devant le portail la foule s'est revêtue d'injures comme on s'enveloppe dans une guenille. Dieu s'est perdu

Anatole France à Buenos Aires

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  Anatole France est invité en 1909 à Buenos Aires pour un cycle de conférences (auxquelles les femmes n'ont pas le droit d'assister en raison de la réputation de socialiste d'Anatole France). Il fit notamment une conférence sur Rabelais et il visita la ville avec son mécène. Dans cette Babel, explique notre mécène, chaque nation d'Europe a apporté sa spécialité. L'Italie fournit les cuisiniers, les pâtissiers, les glaciers, les ecclésiastiques... Les Espagnols sont valets de chambre, gagne-petits... Les Basques s'occupent des chevaux, les Anglais se sont emparés du commerce. Les Allemands eux, s'occupent des finances. Les banques les plus puissantes sont entre leurs mains. Et nous autres ? demande Anatole France. Très peu de Français viennent ici. Ils réussissent pourtant, dans les industries de luxe, dans la mode. Je n'ose pas vous dire la spécialité des Françaises. Je le devine : la galanterie. Il est vrai, mon cher Maître, c&#

Marcos-Ricardo Barnatán

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  Marcos-Ricardo Barnatán   ( Buenos Aires , 14 décembre 1946) A partir de 1965, il étudia la philosophie et les Lettres à Madrid, où il entra en contact avec les poètes espagnols de sa génération. Il est l'auteur de plusieurs essais sur Borges, il étudia la mystique juive. Il a publié quatre romans. En 1984, il réunit ses poèmes dans un recueil intitulé  El oráculo invocado . Ses textes ont été traduits en plusieurs langues. ARTE POÉTICA By this, and this only, we have existed. T .S. ELIOT La lettre plutôt que marquer flambe Elle déchire la face désertique du papier Pour faire corps avec le temps Jeune gazelle palpitante. Un silence transparent irrite C'est le vide blanc qui se répand L'éclair que l'on appelle en vain. Maintenant le feu allume toutes les lumières Pour donner un sens à l'éclipse Et tenir éveillé le mystère écrit. La lourde obscurité se fatigue. Sept fois la lueur livre bataille et la vie et la mort seront celles du poète.

Maradona

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  « Le sport, c’est la meilleure drogue du monde. J’aime bien discuter foot avec les gens dans tous les pays. Une équipe, un style de jeu, ça représente quelque chose. » Santa Maradona Depuis son plus jeune âge à Sèvres et Boulogne-Billancourt, Manu Chao est un gamin dévoré par la passion du foot. C’est donc naturellement qu’il écrit «  Santa Maradona « , sorti en 1994 sur «  Casa Babylon « , qui sera, on l’ignore encore, le dernier album de La Mano Negra. Le morceau est un hommage bien sûr au «  Pibe de Oro « . L’Argentin est alors sur le point de réaliser un ahurissant come-back lors de la Coupe du Monde 1994 aux Etats Unis. Le morceau de La Mano Negra, très agressif, dénonce le virage du fric et de la violence pris par le ballon rond, et en appelle à Maradona pour sauver ce qui peut l’être. Las, le joueur argentin se fera jeter du Mondial américain, pris en flagrant délit de dopage. La vida tombola Dix ans passent. Manu Chao reçoit un coup de fil du réalisateur serbe Emir Kust

la revue Ciudad Gótica

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  De août à 1993 à décembre 2005, avec parfois de longues interruptions, la revue Ciudad Gótica , dirigée par Sergio Gioacchini, publia 31 numéros dans la vielle de Rosario. Il y eut également un n°32, dix ans plus tard en juin 2015. L'histoire de sa publication a un lien avec la biennale “Rosario Arte Joven 92” et de nombreux artistes qui y ont participé se sont retrouvés dans la revue : Beatriz Vignoli et Patricio Pron, et les musiciens Nahuel Marquet et Andrés Abramowski. On y trouve aussi des illustrations de Roland Topor. L'irruption de  Ciudad Gótica  ne se produisit pas de manière isolée, mais correspondait à une nouvelle activité culturelle dans tout le pays. Néanmoins, la revue et les éditoriaux de Ciudad Gótica ont recréé dans les années 90 une façon de faire et de dire similaire à ce qu'avait été vingt ans plus tôt la revue   El Lagrimal Trifurca . LA DISCUSSION Alors ? Qu'est-ce que tu attends ? Le bourreau ne répondit pas. Assis sur une mauvai

L'expérience Macron

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  Qu'un type comme Macron soit arrivé au pouvoir, c'est une expérience qu'il n'est pas bon d'avoir vécue, mais qu'il faut tout de même examiner attentivement. Cela peut servir d'exemple à tous les opportunistes qui se disent un peu partout : « On n'a qu'à faire pareil ! » Rappelons les faits, l'actuel locataire de l'Elysée a été élu en 2017 à la suite d'une série de mésaventures pour les candidats favoris. On peut dire qu'il a fini premier dans un concours de circonstance. Le pauvre Fillon, notamment, pour qui c'était gagné d'avance, s'est empêtré dans une mesquine histoire de rétribution illégale de sa femme. Macron, lui, est issu du gouvernement de gauche de Hollande, enfin disons très timidement à gauche de son prédécesseur Sarkozy. Mais surtout il a dit haut et fort : « Le régime des partis c'est fini. La gauche ou la droite, ça n'a plus de sens. » Et pour le montrer, il a pris dans son gouvernement des gens d

Conte argentin

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  Le tigre et les chimangos Un jeune tigre et de peu d'expérience s'était aperçu que chaque fois qu'il revenait de la chasse, ces oiseaux rapaces nommés chimangos se réunissaient par centaines autour de lui, et le saluaient de la plus aimable manière pendant qu'il dévorait sa proie. Nous, les tigres, pensait-il, en princes que nous sommes, nous avons peu d'amis loyaux. Certes, nous sommes adulés, mais c'est toujours pour essayer de nous soutirer quelques restes ; tout un tas de peureux et de couards qui, s'ils n'étaient pas effrayés par nos grognements, seraient capables des pires vilenies. Mais ces petits chimangos ne sont pas de ce genre-là. On voit bien à une lieue à la ronde que leurs chants sont d'une joie sincère et pure, un message de félicitation désintéressé. Et ils ne viennent jamais nous quémander un bout de viande. En plus, ils n'ont aucune raison d'avoir peur de nous, car ils savent bien que leur viande ne vaut

Vendée Globe

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  Vendée Globe Chacun dans son bateau naufragé volontaire masqué casqué connecté faire le tour du monde sans rencontrer personne avec seulement un miroir pour voir entre deux rafales à quoi ressemble un homme tempêter tout seul en cabine sans enrayer le technologie chasser les mouettes avides pour éviter la grippe aviaire dégager à coups de pelle les poissons pollués morts qui bloquent le passage ne pas dormir ni manger mais arriver en premier montrer sa voile-réclame pour un déodorant de luxe avec un refrain médiatique  répétitif : vendez le globe !

Service Solidaire Obligatoire

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  Dans son blog «  Pelota de trapo  », Alfredo Grande tient une chronique régulière, particulièrement intéressante de semaine en semaine. Service Solidaire Obligatoire par Alfredo Grande   Le service militaire obligatoire fut un instrument qui permit à la culture répressive de formater la subjectivité des adolescents durant plus de 90 ans. En 1901, le ministre de la Guerre, le lieutenant-général Pablo Riccheri, présenta le projet selon lequel on recruterait les garçons de vingt ans dans les Forces Armées pour accomplir un service militaire de deux années. Le but du projet était de répandre l'idée de citoyenneté et d'égalité devant la loi, d'alphabétiser et d'intégrer les fils des immigrants, en plus de développer le patriotisme des différentes couches sociales, et de tout le territoire. Cela rejoignait les idées du président d'alors, Julio Argentino Roca, également militaire, commandant lors de la « Conquête du Désert ». Quand on a commencé à tirer au sort ceu

Luisa Valenzuela

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  Voyageuse infatigable, longtemps journaliste, Luisa Valenzuela est un auteur de renommée internationale. Elle est née en 1938 à Buenos Aires où elle réside encore aujourd’hui. Fille de l’écrivain Luisa Mercedes Levinson, elle a grandi dans une impressionnante famille littéraire composée des nombreux et illustres amis de sa mère tels qu’Ocampo, Borges, Mallea, ou encore Bioy Casares, ou Ernesto Sabato et bien d’autres encore, dont de nombreux exilés espagnols : ils ont joué le rôle de parrains et l’ont prédestinée peut-être à « entrer en littérature ». Dès l’adolescence, elle écrit pour la presse et travaille en parallèle à la Bibliothèque Nationale de Buenos Aires dirigée, à cette époque par Borges. Mariée très jeune, elle vit en France où elle écrit son premier roman  Hay que sonreir publié en 1966. Au début des années 70, toujours journaliste puis conférencière et enseignante, elle vit à New York (où elle réalise une étude sur la littérature marginale nord-américaine),

Fileteado

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  Quelle esthétique liée au quartier, au style baroque, au bandonéon ! Miniatures de faubourgs paysages à l'huile de camphre. Ainsi le poète tanguero Horacio Ferrer (1933-2014) décrivait-il le fileteado porte ñ o , un art décoratif né à Buenos Aires au début du Xxe siècle. Le fileteado prend son essor dans la communauté immigrée italienne, grâce aux calèches et charrettes puis aux bus et aux camions de livraison, personnalisés pour être repérés au premier coup d'oeil, mais aussi pour exprimer l'orgueil des conducteurs. Il se caractérise par des lignes en spirales, des couleurs vives, un agencement symétrique et un jeu d'ombres complexe suggérant le relief.  Petit à petit, les tôleries sont surchargées d'éléments décoratifs : fleurs, navires, soleils, mains entrelacées, animaux imaginaires ou réels, pierres précieuses et enfin rubans, fanions, torsades, portant souvent les couleurs de l'Argentine, entourés de filigranes, arabesques, parchemins, calices ou

Viviana Abnur

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  Viviana Abnur, née en 1964 à Ciudadela, a publié les recueils Quién asesinó a Bambi  (La luna que, 2002),  Agosto  (Alción Editora, 2007) et  Delta  (Macedonia Ediciones, 2009), avec des photographies de Anna Lee. Elle a collaboré aux revues Lamás Médula et Esto no es una revista . Jusqu'en mars 2012, elle a dirigé un cycle de publications indépendantes. Le temps des fleurs et le temps des oiseaux d'arranger les os du dos l'abdomen de faire une nouvelle ouverture dans la maison de peindre de réparer les portes des armoires pour qu'une bonne fois pour toute elles ferment bien le temps de chercher une guitare, quelqu'un pour t'accompagner et chanter dans le camping municipal sous le hangar aux provisions sortir fièrement sous les hauts-parleurs avec un air de défi comme un chien le temps de diriger un canot sur le fleuve Baradero de remettre à l'eau depuis la rive une raie qu'on a attrapée de voir mourir un oiseau lap

Roberto Cossa

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  Dans cette pièce de Roberto Cossa, « L'oncle fou », une famille gagne un peu d'argent avec un kiosque où l'on vend un peu de tout, mais aussi en gardant des vieux. Ils ont accroché une sonnette à la main des vieux pour qu'ils les préviennent quand il y a un client au kiosque. Belle-fille ramène Vieux II à l'intérieur juste au moment où entre la Cliente II . CLIENTE II- Papa ! Que se passe-t-il ? MERE – Ce qui se passe... ce qui se passe... C'est que votre père, on en a marre. Voilà ce qu'il se passe. CLIENTE II- (elle va vers son père) Papa... VIEUX II- (il s'accroche à sa fille) Les courtiers en faillite. Les courtiers en faillite... CLIENTE II- Calme-toi, papa. J'ai pris du retard. J'ai fait des heures supplémentaires. Toi qui a été chef, tu sais ce que c'est. VIEUX II- (il crie) Quatre-vingt-deux pour cent. (il pleure) A trente jours... trente jours... VIEUX I- La police... la police... MERE- (à Cliente II) Faites-le taire. M