Yukio Mishima
Du fond des solitudes Je me dis souvent qu'écrire des romans, et accéder à la notoriété, est un métier bien singulier, voire même dangereux : quelles résonances imprévues mes mots iront-ils, en effet, éveiller dans le cœur d'un lecteur. « Mon pauvre fou » : c'est de cette expression où se mêlent à la fois la tendresse et le mépris, que j'userai désormais pour désigner le jeune homme dérangé qui a fait irruption chez moi. C'est un matin, donc, et « mon pauvre fou » se réveille. Le voilà qui se lave les dents, du moins je le suppose, mais le dentifrice le fait suffoquer et le goût de cendre de la solitude lui emplit déjà la bouche. (Ce goût de cendre, comme je le connais!) Le voilà qui se fait chauffer une soupe : la soupe déborde et la flamme du réchaud se met à répandre une odeur épouvantable ! La puanteur de la solitude qui infecte toute chose, des toilettes aux trains bondés ou aux poubelles, lui colle aux narines... Le voilà maintenant qui s'a...