"La femme des sables" d'Abe KôBô
La femme dormait parfaitement nue. Dans son champ visuel tout embrumé de pleurs, la femme apparaissait comme une ombre flottante. Elle dormait à même la natte, couchée sur le dos, et, à l’exception du seul visage, le corps entier tout découvert. Le bas-ventre était ferme, tendu, avec, de chaque côté, un pli étranglé ; et la main gauche, si légèrement, y reposait. Sur l’entière surface du corps, une couche de sable à fine texture posait, on eût dit, une tunique aussi fine et souple qu’une membrane. Noyant les détails, le sable détachait, en les forçant et en les magnifiant, les courbes où se révèle et s’offre l’éternité de la femme. A s’y méprendre, sous son placage de sable, la Femme des sables était, au regard, devenue Statue. Cette image de l'écoulement infini du sable avait donné à l'homme un choc et une fièvre indicibles. Car la stérilité du sable ne tenait pas, comme le commun le pense, à son apparente nature, à sa simple sécheresse, elle tenait, se persuadait-il, à cet...