Mitsuharu Kaneko
CLOAQUE La femme, après avoir appris à se poudrer, commença à vivre en se vendant. Nuit et jour, son maquillage crasseux coula dans l'égout. Dans l'égout, des anneaux de parapluie, des fétus de paille, des cadavres de chats, des urines, des vomissures, des choses encore plus indéfinissables, insipides, informes, des choses boueuses et indécises, des choses qui coulaient au hasard, qui n'auraient pas eu besoin de bouger, des choses toujours trop éloignées pour qu'on puisse les prendre, passaient dans l'obscurité profonde des ponts et refaisaient soudain surface pour lancer, par-ci, par-là, leurs rots puants. La femme pensait que ces eaux sales se mêlaient à son sang, y circulaient, et ressortaient par les pores de sa peau qui en avait pris la couleur terne. Prisonnière de ce carré de maisons entouré d'égouts, la femme vivait en les contemplant, en y crachant. Elle s'imaginait qu'elle était elle-même en dérive comme ces ordures flottantes, abandonnées, ou ...