Kobo Abe
VIE D'UN POETE Les gens devenaient pauvres à cause de leur pauvreté même. Quoi qu'absurde, cette pauvreté ne recelait-elle pas quelque explication ? Qu'était-elle au juste ? D'où provenait-elle ? On y réfléchissait chez les messieurs de la haute portant des gilets venus de l'étranger, des gilets en fleurs n'engendrant pas une once de chaleur, tissés qu'ils étaient à la machine avec des fils menus. De toute façon, des gilets, il y en avait en surnombre. Et si l'on déclenchait une guerre pour essayer d'en vendre à quelque pay étranger ? Les pauvres redoutaient l'arrivée de la nuit, s'attristaient du retour du matin. Les messieurs vêtus de gilets d'importation s'absorbaient dans l'entretien de leurs fusils de chasse ; les dames vêtues de gilets d'importation, pour ajuster comme il faut autour de leur cou d'épaisses fourrures, se retournaient trente fois par jour devant leur miroir. Les champions de ski faisaient fondre la c...