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Affichage des articles du septembre, 2019
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José Aguyari Né à Venise en 1843, il suivit dans sa ville natale un enseignement artistique aux Beaux-Arts qu'il continua à Trieste. Arrivé à Buenos Aires en 1869, il se fit une grande réputation comme aquarelliste, ce qui lui permit d'exposer à Londres et à Paris, avec succès. En 1870, il passa six mois à peindre la vie des gauchos du rio Parana, ce qui le décida à s'installer définitivement à Buenos Aires. Il eut de nombreux disciples, dont Eduardo Schiaffino, et il devint le premier président de l'Académie des Beaux-Arts. Il mourut à Buenos Aires en 1885.
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Jorge Luis Borges Extraits d' «  Essai d'autobiographie  » Mon père était très intelligent et, comme tous les gens intelligents, très bon. Un jour il me dit de bien regarder les soldats, les uniformes, les casernes, les drapeaux, les églises, les prêtres et les boucheries, car tout cela allait bientôt disparaître et je pourrais ainsi raconter à mes enfants que j'avais vraiment vu tout cela. La prophétie ne s'est pas encore réalisée, malheureusement. Mon père était un homme si modeste qu'il aurait voulu être invisible. ….............................................................. La soi-disant nouvelle génération espagnole nous invite à établir à Madrid le méridien intellectuel de notre Amérique. Toutes sortes de motifs nous invitent à refuser avec enthousiasme cette invitation. Madrid ne nous comprend pas. Comment pourrait-elle nous comprendre ? Que peut-elle savoir de la terrible espérance que nous vivons, nous autres, les Américains ? Il faut
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Yerba brava En Argentine, il existe différentes expressions qui stigmatisent les gens qui habitent les quartiers pauvres et qui ont la peau foncée : Negro villero, cabeza negra , ou cabeza qui peuvent signifier alors une personne qui aime la cumbia et plus généralement vivant dans un bidonville. Le groupe Yerba brava a écrit une chanson sur ce thème qui témoigne de la grande difficulté d'intégration d'une grande partie de la population.  https://www.youtube.com/watch?v=uLUR9SVbj6s Discrimination Son sort était déjà réglé le jour de sa naissance, élevé dans un bidonville aux sons de la cumbia et maintenant qu'il a l'âge et qu'il veut aller danser, le vigile lui hurle avec rage : « Le négro, tu n'entres pas ! » Tous font les innocents et te laissent sur le trottoir, parce qu'en tant que Noir tu es d'avance condamné. Ca ne colle pas non plus pour le travail, que des refus. Poursuivi par les chiens, fatigué, bientôt il renonce, la société n'a
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Alberto Girri Le 27 novembre prochain, on fêtera le centenaire de la naissance d'Alberto Girri (Buenos Aires 1919-1991), poète et traducteur. Alberto Girri appartient à la génération des années 40 ; avec son style très personnel et son indépendance d’esprit, il n’a jamais appartenu à aucun mouvement intellectuel ou littéraire.                                 Art poétique Un élément de controverse qui nous emmène au paradoxe à chaque ligne, à chaque pause ; l'ambiguïté au dépens de la convention. Une prémisse constante, le doute, le recherchant dans la réalité, le trouvant hors du contexte ; la matière aux dépens du langage. Une synthèse intransférable et belle avec âmes, bêtes, écritures profanés de toute éternité ; l'imagerie aux dépens des tourments. Une théologie créatrice d'objets qui se refusent à être hostiles à Dieu . La penitencia y el mérito , 1957. Voici ce qu'en disait Jorge Luis Borges en 1964 : Girri a cherché et il continue d&#
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Le théâtre à Buenos Aires en 1914 LES INVERTIS, pièce interdite au Théâtre National Le journal « Diario » nous informe le 14 septembre 1914 que la première d'une pièce dite de « théâtre réaliste » au Théâtre National a obligé l'Inspection des théâtres à intervenir pour que le titre soit changé, bien que, soit dit en passant, il n'était pas plus indécent qu'une bonne partie des pièces que l'on a pu voir la saison dernière. Il ajoute que le genre n'est ni bon ni mauvais, mais il se trouve que sous couvert de cette dénomination de théâtre réaliste, on nous impose des douleurs sociales sans grandeur, sans réflexions, sans esprit scientifique, ni sens artistique. Le dimanche 20, La Nation informe ses lecteurs que la pièce est interdite pour des raisons de moralité, et elle publie une protestation de l'auteur, González Castillo, qui explique que son œuvre se joue depuis huit jours et que l'Inspection Municipale, après avoir exigé une lecture pri
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Julio Ramon Ribeyro Charognards sans plumes On associe encore le Pérou avec de fabuleuses richesses. Mais l'or n'est pas à portée de toutes les mains et seuls ceux que Julio Ramon Ribeyro appelle les charognards sans plumes se partagent les trésors de cet Eldorado. Gypaète, condor ou urubu, le vautour n'admet que ses pairs aux agapes charognardes, qu'elles aient pour théâtre le plateau désertique ou le terrain vague d'une ville perdue : le petit rapace ne saurait y être toléré. L'or s'est fait billet de banque ou valeur en Bourse et le charognard de Ribeyro roule voiture, boit du whisky, danse, joue au tennis et n'a plus besoin d'étrangler quelque Atahualpa pour s'assurer la fortune et le pouvoir : une bonne constitution et les forces de police garantissent la sécurité du riche et la soumission du pauvre. Bien sûr, le riche est raciste et, pour lui, « la peau d'un Indien ne vaut pas cher » ; mais la ségrégation sociale n'est pas
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Le renard et l'autruche Un renard qui avait très faim rencontra une autruche, mais comme il ne pouvait la manger comme il aurait fait d'un poulet, il trouva l'idée pour y arriver. Il la regarda des pieds à la tête et, la voyant pieds nus, lui dit : Dites, commère, vous pouvez venir demain chez moi pour que je vous fabrique une belle petite paire de chaussures. Très bien, compère, répondit l'autruche. Le renard chercha un bout de cuir, le fit tremper dans l'eau pour le ramollir et avec ça en fit des chaussures. Le lendemain matin, l'autruche se présenta au domicile du renard, qui la reçut avec beaucoup d'amabilité et il lui dit : Venez, commère, et mettez le pied ici pour que je prenne les mesures. Ainsi fut fait, et le renard arrondit bien le cuir en forme de semelle, il fit des trous pour y passer les lanières avec lesquelles il lia le cuir aux pattes de l'autruche et lui dit : Mettez-vous au soleil, commère, pour que
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Susana Aguirre Elle est née à Cordoba en 1897, fit ses études à Paris et à Genève, voyageant entre l'Europe et l'Amérique. Elle travailla avec son ami et maître Horacio Butler. Elle réalisa sa première exposition individuelle en 1943. Elle est morte en 1961 à Buenos Aires et dès l'année suivante on organisa une exposition posthume dans la Galerie Antigone. Elle avait coutume de parcourir avec sa petite Volkswagen les vieux quartiers de Buenos Aires à la recherche de tous les objets qui allaient disparaître.    Marchand de fruits à Paris
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Leónidas Lamborghini (Buenos Aires,10/01/1927-Buenos Aires, 13/11/2009). Poète argentin. Après avoir fait des études d’agronomie il se consacre à l’écriture à partir du milieu des années cinquante. Emigré à Mexico de 1977 à 1990. Juste avant de partir, en pleine dictature des généraux, il raconte ainsi ses difficultés pour écrire. Ne pouvant plus rien écrire sans risquer d'être arrêté, l'écrivain se livre à des travaux d'abstraction littéraire qui finissent par servir aussi le régime. Mon œuvre était une preuve, la meilleure preuve pour qu'un commando militaire en mission me pulvérisât. Curieusement je cherchai alors refuge à la Bibliothèque Nationale et je devins soudain un rat de bibliothèque. J'y passais toutes mes journées, du matin au soir. Je m'étais mis à écrire des variations sans fin sur quatre vers du Polyphème de Gongora. C'était, je le compris plus tard, un symbole de ma situation intérieure en relation avec « l'extérie
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Hector Gagliardi Le lunfardisme est la langue du tango argentin ; un argot très populaire ; ce poème est écrit dans cet idiome. Hector Gagliardi fut un des meilleurs poètes et paroliers du tango. Football de rue Sous le soleil brûlant de janvier nous décidons de faire un match. Dans la rue entre les arcades croisées dans les buts on laisse le petit gros et on ne laisse pas jouer le plus jeune... C'est que sa mère ne voulait pas : il avait des chaussures neuves... Le ballon est de trente centimètres acheté en délégation... On le baptisa « bouchon » quasiment increvable. « Tu le crèves, tu le paies ! » C'était adressé à ce type qui shootait comme une brute sur la devanture de la boucherie. Nous commençons à jouer dans une mêlée confuse. voilà un centre et personne ne saute pour reprendre de la tête. Après nous avons dû arrêter parce que venait une vieille qui se plaignait en ronchonnant de ne pas arriver à pass
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Rocio Wittib Rocio Wittib est née à Buenos Aires en 1989, elle étudie les Relations Publiques. Ses poèmes ont été traduits en italien, roumain et portugais. Elle est également photographe et vit actuellement en Espagne à Pampelune. Elle tient un blog : lifevestunderyourseat.wordpress.com . Souvenirs de novembre Parfois nous arrivent des souvenirs : Nous marchions ensemble dans la ville un ciel bleu impossible était sorti d'un poème et tous les coins de rue n'étaient que nuit parfaite. La mer de l'oubli les fait revenir : Le temps joue à ne pas passer les rues à nous perdre le futur à ne pas exister et nous à trinquer à tu et à toi. On reçoit des coups sur tout le corps comme les vagues sur le brise-lames : Rien n'était possible et tout arrivait. Ca entre comme le sel dans le sable : J'ai vu ton regard qui sait arrêter la réalité d'un clignement d'oeil et j'ai compris que la poésie n'est pas c
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A l'échelle humaine "La escala humana" de Javier Daulte, Rafael Spregelburd y Alejandro Tantanian Une affaire de « complicité » où les enfants d'une drôle de famille passent leur temps à creuser des trous dans le jardin pour dissimuler les cadavres des personnes que leur mère a assassinées. Ils sont musiciens et tentent de répéter pour un concert qu'ils doivent donner dans une boîte. Intervient un personnage : policier ? gangster ? , amant de leur mère. La famille quelque peu loufoque et le moins que l'on puisse dire -déstructurée, finit par être totalement désagrégée. Seul s'en sortira le fils aîné qui parvient à partir en voyage et à quitter la maison pour toujours. Une affaire de « complicité » aussi entre trois auteurs et deux traductrices, convaincus de la force dramatique du nœud gordien, à l'échelle humaine, qui lie la famille. MINI – (elle est vêtue d'une robe à fleurs toute tachée de sang frais) Ce qui m'étonne le plus, c
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Pierre Quiroule Pierre Quiroule ( 1867 - 1938 ), pseudonyme de Joaquín Alejo Falconnet, fut un écrivain anarchiste né en France, mais parti très jeune en Argentine, où il se lia avec des groupes anarcho-communistes, inspirés par Kropotkine. En 1893, il fonda à Buenos Aires l'hebdomadaire anarchiste La Liberté, auquel collabora brièvement Auguste Vaillant. Il défendait dans les pages de sa revue un anarchisme individualiste, communiste et anti-organisationnel. Il écrivit aussi de nombreux romans et essais, parmi lesquels on trouve La Cité anarchiste américaine publié à Buenos Aires en 1914. Voici comment il décrit sa cité idéale : Les maisons de la cité anarchiste étaient d'élégants chalets de verre, faits d'une seule pièce fondue dans des moules gigantesques grâce à l'électricité. Elles avaient différentes dimensions et couleurs, avec une prédominance pour l'orange, le bleu foncé, le grenat et le vert. Le plus grand de ces chalets avait trois pièces. Le
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Les astuces d'une vieille Un couple de vieux très pauvres vivait à la campagne. Un jour, le mari sortit de la maison à la recherche de bois et, en entrant dans la forêt, il trouva un tas d'argent au milieu des ronces. Il laissa le bois et, tout à sa joie, il chargea sa trouvaille sur son âne. Une fois à la maison, il annonça à sa femme sa bonne fortune et la vieille, qui n'était pas sotte, lui dit : Tais-toi, mon vieux. Tu n'es pas le premier qui trouve de l'argent et qui le crie sur les toits. Ainsi, ils déchargèrent l'argent et le cachèrent dans la maison. Le lendemain, à la première heure, la femme appela son mari et lui dit : Lève-toi et va te coiffer pour aller à l'école, mon vieux. Mais ma femme, est-ce que tu es devenue folle ? Même enfant, je ne suis jamais allé à l'école ! répondit le vieil homme totalement surpris. Fais ce que je te dis et ne rouspète pas. Habitué à obéir à son épouse, il s'exécuta.
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Bétonneuse ou bétonnière? Récemment à Iasi, le juge a demandé au promoteur immobilier pourquoi il avait construit un immeuble avec quatre étages en plus de ce qui est autorisé, il lui a été répondu que c'était parce que les ouvriers n'arrivaient pas à arrêter la bétonnière. Nous imaginons et même visualisons la scène : Marian, tu sais comment on arrête la bétonneuse ? Lucian, toi tu dis : « bétonneuse » ? Moi, j'ai toujours entendu dire « bétonnière ». Demande à Ionu ț, il a un oncle ingénieur. Oui, mais la question n'est pas là, les gars, je demande comment on fait pour l'arrêter. On a fini l'immeuble et ça continue de tourner. Et pourtant elle tourne, disait Galilée en 1633. « Et pourtant elle tourne », prononcée, dit-on, par cet homme brisé, renvoie au martyr de l'intolérance, à la démonstration de la concorde impossible entre la science et l'Écriture sainte. Le mot bétonneuse est parfois employé à la