Albert Cossery

 


  • Je t'avais demandé de ne plus sortir la nuit avec toutes ces bagues qui attirent l'attention. As-tu oublié que des malfaiteurs rôdent dans cette ville? Sois sûr que nous serons affectés par une perte comme la tienne.

  • Je te l'ai déjà dit, répondit Chawki avec l'air de s'excuser. Je n'arrive pas à les enlever ; elles me tiennent aux doigts comme des sangsues.

Il montrait ses mains en hochant la tête avec une expression de fatale impuissance et, en même temps, il frémissait rétrospectivement à l'idée qu'il avait parcouru toutes ces ruelles sombres en risquant la mort ou l'enlèvement à chaque pas. En vérité, il n'avait même pas essayé d'enlever ses bagues ; elles étaient le soutien de son assurance et de sa morgue, et, sans elles, il se serait senti aussi nu et ignoré qu'un gueux.

  • Ce qu'il y a de plus pénible, dit Medhat, c'est qu'ils emportent le corps. Nous n'aurons pas ainsi l'occasion de nous attrister à ton enterrement. A ce propos, j'ai entendu dire que les pleureuses, dont le commerce périclite, se sont liguées pour protester contre la carence de la police. Mais c'est une erreur de leur part ; la police se moque bien de la ruine de nos métiers populaires. Par contre, je pense qu'un avis rédigé à l'intention des assassins en leur réclamant de rendre les corps des disparus aux familles, donnerait d'excellents résultats.

  • Tu pourrais en insérer un dans ton journal, dit Teymour.

  • C'est ce que je compte faire dès demain, répondit Medhat avec le plus grand sérieux.


Un complot de saltimbanques


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Chagrin d'amour par Dumitru Crudu

K-pop

Oh Yoon