Taijun Takeda
Taijun Takeda (Tokyo 1912 – id. 1976) Fils d'un moine bouddhiste, militant durant son adolescence dans un mouvement de gauche, il se passionne très tôt pour la Chine et va devenir spécialiste et traducteur de littérature chinoise. Or, en 1937, il est mobilisé et envoyé en Chine centrale, où il devra combattre pendant deux ans. Cette expérience dure et décisive le porte vers une littérature de réflexion, où il s'interroge notamment sur les rapports entre opprimés et oppresseurs. Sima Qian (1943) ; Race de vipères (1947) ; les Fêtes des bois et des lacs (1958) ; le Mont Fuji (1971) ; Volupté (1972).
Au coin de la venelle qui menait chez elle, je lui ai déclaré subitement : « Je voudrais baiser tes seins ! » L'endroit se prêtait-il à la chose, et elle, allait-elle seulement y consentir ? Dans l'état d'inextricable chaos où je me trouvais, tout cela était nébuleux et ces mots s'étaient rués hors de ma bouche comme si je les avais vomis. Là-dessus, sans l'ombre d'une hésitation elle a défait deux boutons de style chinois sous son aisselle. A peine alors ai-je eu le temps d'entrevoir la blancheur d'un sous-vêtement : sous mes yeux je découvris un sein. Sans prendre conscience du spectacle que je pouvais offrir, ni des sentiments qui m'animaient, j'ai porté cette chose toute ballonnée à ma bouche et me suis mis à la mordiller un peu. Mais j'ai arrêté presque aussitôt. Elle a eu un petit rire gentil, s'est tournée vers moi pour me dire : « Je t'aime bien, toi », et elle a disparu.
C'est peut-être un remerciement pour les deux côtelettes de porc pané ? N'avait-elle pas sur le visage une expression de contentement et d'insouciance absolument identique à celle qu'elle a quand elle assouvit son appétit ? Est-ce la fièvre de manger, ou d'avoir mangé, qui lui avait fait sortir ce sein ? Ah ! Il n'y a pas à dire, mais sa gentillesse ne m'a inspiré qu'une bien piètre idée. C'est tout à fait comme si je l'avais mangé, ce sein.
Vautré à plat ventre, je grognais : « Appétit. Manger. Appétit. » Puis, j'ai fait semblant de pleurer. « Puisque je n'ai pas le don des larmes, faire semblant n'est-il pas l'ultime expédient qui me reste ? » m'étais-je peut-être dit.
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