Yukio Mishima
KAWAZOE – C'est une étrangeté de la circulation. Parfois, tout à coup, il n'y a plus personne. Allez savoir pourquoi. Comme le ciel bleu apparaît au milieu des nuages, à certains moments, il n'y a presque plus de voitures. Seulement pendant quatre ou cinq minutes. Pourquoi donc ?
SEGURO – (tout en fumant, se lève et se réchauffe devant le poêle) Tout est comme ça. Rien ne dure tel quel, indéfiniment. On se met en colère, on rit, on aime, on déteste.
KAWAZOE – Dans un courant continu de voitures, soudain, un vide se crée. Qu'est-ce que c'est agréable ! On se sent rassuré, pendant ce temps-là le monde est parfaitement paisible, la rue vide brille de soleil, je sens une sorte de joie monter en moi. De la joie, et de la mélancolie aussi. C'est à ce moment-là, comment dire, oui c'est à ce moment-là que j'entends la chose.
SEGURO – Quelle chose ?
KAWAZOE – Oui, la chose. Vroum, Broum, Crii, Teuf-Teuf, Tut-Tut, Pouët Pouët, tous ces bruits s'arrêtent d'un seul coup, et à chaque fois je l'entends. Je sais pas pourquoi. Peut-être un problème d'oreille ?
SEGURO – Tu veux parler de la chose ?
KAWAZOE – Selon le vent, je ne l'entends plus, et puis je l'entends de nouveau.
SEGURO – C'est toujours comme ça. Comme je te l'ai dit, il n'y a rien qu'on entende en continu.
KAWAZOE – Ca se produit toujours à un moment, dans l'après-midi, quand il fait chaud. Quand j'entends ce son du koto, je me sens heureux. Je me sens apaisé. J'ai l'impression que ça vient de quelque part dans le ciel et je ressens quelque chose de divin.
Le Koto du bonheur (acte 1)

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