"La femme des sables" d'Abe KôBô
Sur l’entière surface du corps, une couche de sable à fine texture posait, on eût dit, une tunique aussi fine et souple qu’une membrane. Noyant les détails, le sable détachait, en les forçant et en les magnifiant, les courbes où se révèle et s’offre l’éternité de la femme. A s’y méprendre, sous son placage de sable, la Femme des sables était, au regard, devenue Statue.
Cette
image de l'écoulement infini du sable avait donné à l'homme un
choc et une fièvre indicibles. Car la stérilité du sable ne tenait
pas, comme le commun le pense, à son apparente nature, à sa simple
sécheresse, elle tenait, se persuadait-il, à cet incessant
écoulement par quoi le sable se manifeste comme l'irréductible
adversaire de tout être vivant. Et l'homme avait alors pensé que,
jour après jour, les humains, quant à eux, ne font que se tenir
l'un à l'autre cramponnés ; et à ne considérer que la sinistre
force de cet inéluctable instinct, à opposer sur la balance de
l'homme grégaire et le libre sable, l'effrayant contraste n'avait
cessé de le hanter :
Oui,
d'absolue certitude, le sable, parce qu'il se meut, était impropre à
la vie. Mais était-il si sûr que la stationnaire fixité fût,
quant à elle, l'indispensable condition à la vie ? De s'obstiner
dans la fixité, n'était-ce point s'engager dans la plus odieuse des
compétitions ? D'un côté, le Sable ; de l'autre, l'Homme...

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