"La femme des sables" d'Abe KôBô

La femme dormait parfaitement nue.
Dans son champ visuel tout embrumé de pleurs, la femme apparaissait comme une ombre flottante. Elle dormait à même la natte, couchée sur le dos, et, à l’exception du seul visage, le corps entier tout découvert. Le bas-ventre était ferme, tendu, avec, de chaque côté, un pli étranglé ; et la main gauche, si légèrement, y reposait.

Sur l’entière surface du corps, une couche de sable à fine texture posait, on eût dit, une tunique aussi fine et souple qu’une membrane. Noyant les détails, le sable détachait, en les forçant et en les magnifiant, les courbes où se révèle et s’offre l’éternité de la femme. A s’y méprendre, sous son placage de sable, la Femme des sables était, au regard, devenue Statue.

Cette image de l'écoulement infini du sable avait donné à l'homme un choc et une fièvre indicibles. Car la stérilité du sable ne tenait pas, comme le commun le pense, à son apparente nature, à sa simple sécheresse, elle tenait, se persuadait-il, à cet incessant écoulement par quoi le sable se manifeste comme l'irréductible adversaire de tout être vivant. Et l'homme avait alors pensé que, jour après jour, les humains, quant à eux, ne font que se tenir l'un à l'autre cramponnés ; et à ne considérer que la sinistre force de cet inéluctable instinct, à opposer sur la balance de l'homme grégaire et le libre sable, l'effrayant contraste n'avait cessé de le hanter :
Oui, d'absolue certitude, le sable, parce qu'il se meut, était impropre à la vie. Mais était-il si sûr que la stationnaire fixité fût, quant à elle, l'indispensable condition à la vie ? De s'obstiner dans la fixité, n'était-ce point s'engager dans la plus odieuse des compétitions ? D'un côté, le Sable ; de l'autre, l'Homme...


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