Shûsaku Endô
Shūsaku
Endō (1923-1996).
Très
jeune, ses parents l'emmènent en Mandchourie, à Dalian, où il
passe son enfance. Ils divorcent en 1933, et le petit Shûsaku repart
avec sa mère à Kobe où elle se convertit au catholicisme en
1934.
Il
est baptisé en 1935 et reçoit une éducation catholique. Cela fut
dur pour l'enfant car dans les années trente le catholicisme est
très mal perçu au Japon. Sa foi, et sa place au Japon, imprégnera
son œuvre.
Après
des études en littérature française à l'Université Keio de
Tokyô, il part étudier à Lyon en 1950 où il étudie le roman
catholique français (Bernanos, Claudel, Mauriac...). Il enseigne
également à Marseille et Rouan. Mais après trois ans, il tombe
gravement malade de la tuberculose et doit interrompre ses études.
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L'homme contemplait les employés et les lycéens qui avaient l'air tout aussi minable que lui-même et il se prit à penser à la « vie » des uns et des autres. Cet homme entre deux âges, assis juste en face de lui avec son veston aux manches élimées, pouvait très bien être un courtier d'assurances. Il devait habiter une petite maison de banlieue et à son retour du bureau, il s'installait en face de son épouse pour avaler son dîner d'un air morne ; cela fait, il s'allongeait de tout son long pour écouter la radio, sans jamais proférer la moindre parole. La journée de cet homme entre deux âges, il lui semblait la voir se dérouler devant lui.
Et cette femme assise en diagonale avec un bandage douteux autour du cou, elle revenait sans doute de l'hôpital où elle se rendait chaque jour pour sa bronchite : elle avait dû patienter, stoïque, de longues heures, dans une salle d'attente lugubre.
A force de les imaginer ainsi, l'homme se sentait pris d'un dégoût croissant pour leur vie ratatinée. Quel détestable train-train quotidien, marmonnait-il tout en sachant que ces mots-là pouvaient très bien s'appliquer à lui-même en route, dans son costume défraîchi, pour une réunion d'anciens condisciples.

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