Yukio Mishima
LE ROI – Et vous, mère... Vous fuyez votre propre fils comme s'il vous était odieux ! Le lumineux roi du Cambodge, vous le toisez comme vous regarderiez le cadavre d'une chèvre couvert de mouches au bord d'un chemin... N'éprouvez-vous aucun scrupule ? Votre cœur ne souffre-t-il pas ?
Et vous, ma première épouse... A peine votre mari avait-il contracté la maladie que vous l'abandonniez sans égards et, chaque nuit, vous vous divertissez, entourée de chanteurs et de musiciens...
PREMIERE EPOUSE – Parce que vous m'avez effrayée. Votre corps qui se détruit peu à peu, et votre faute, dont j'ignorais tout.
LE ROI – Cessez de vous chercher des excuses. Avouez que cela n'est dû qu'à votre cruauté, à votre cœur de glace.
PREMIERE EPOUSE – J'avoue. Je vous ai fui en raison de ma cruauté, de mon cœur de glace. Oui, parce que je n'aimais que la beauté, tandis qu'aujourd'hui, vous...
LE ROI – Aujourd'hui, je...
PREMIERE EPOUSE – Vous n'êtes ni la beauté ni la jeunesse. Vous n'êtes qu'un lépreux. Vous m'ordonneriez de vous aimer que je ne le pourrais point.
La Terrasse du roi lépreux (Acte 2)

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