Osamu Dazai
Dazai Osamu, est lui-même une figure exemplaire de la marginalité. Né en 1909 dans une grande famille du nord du Japon contre laquelle il s’est révolté, Dazai, qui a mis fin à ses jours en 1948, est l’écrivain du désespoir – un désespoir souvent teinté d’une douloureuse ironie –, de la rupture et de l’autodestruction.
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L'été,
quand toute la famille, à l'heure des repas, se retrouve confinée
dans une pièce de trois tatami, c'est une foire sans nom. Le père
n'arrête pas se s'éponger le visage avec une serviette de toilette,
et il rouspète dans son coin :
Engloutir du riz
Transpirer à grosses gouttes
Quelle vulgarité !
Mais les enfants sont si bruyants que le père tout raffiné qu'il soit, est en nage.
La mère, sans cesser de donner le sein à la cadette d'un an, sert le riz et la soupe à son mari, à l'aînée, au fils, nettoie et ramasse les aliments renversés par les enfants, mouche un nez, accomplit dans tous les sens à la fois un travail de titan :
C'est du nez que votre père transpire le plus ! il le frotte sans arrêt !
Le père a un sourire contraint :
Ben, et toi ? c'est d'où ? de l'intérieur des cuisses ?
Ce qu'il est distingué, votre père !
Là n'est pas la question ! C'est un problème médical : rien à voir avec la distinction ou la vulgarité !
Moi, dit la mère d'un ton plus grave, ce que j'ai entre les seins... c'est une vallée de larmes...
Une vallée de larmes.
Le père s'est tu et a poursuivi son repas.

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