"Les Amis" de Kôbô Abe
Toute une famille entre de force dans la maison d'un homme qui ne comprend pas ce qu'il se passe.
L'HOMME – Qu'est-ce que c'est que cette plaisanteries ? Je n'apprécie pas du tout...
LE PERE – Allons, allons, ne vous inquiétez pas.
L'HOMME – Si vous me voulez quelque chose, expliquez-vous !
LE PERE – Surtout ne dramatisez pas pas, nous en serions gênés, nous aussi...
L'HOMME – Vous dites gênés ? Vous vous introduisez chez les gens sans leur permission et... S'il y en a un qui ça gêne, c'est moi.
L'AINEE – Il n'empêche qu'on gèle. Il n'y aurait pas au moins un petit radiateur électrique ?
L'HOMME – Assez fureté comme ça ! Allez, ouste ! Tout le monde dehors !
LE PUINE – On nous prendrait vraiment pour des intrus...
L'HOMME – Ca va de soi. Quel toupet !
LA GRAND-MERE – Deux pièces pour neuf personnes, le compte n'est pas bon.
LA PUINEE – Il ne faut pas trop en demander. On n'est pas là pour s'amuser.
L'HOMME – Vite, hors d'ici, sinon je porte plainte pour violation de domicile !
LA BENJAMINE – Il me fait peur, le monsieur.
LA MERE – Mais non, il ne faut pas avoir peur. Au fond il est très gentil, le monsieur. Regardez-le bien. Il se donne juste un peu l'air terrible...
L'HOMME – (alors que le cadet s'introduit soudain par la fenêtre) Ca dépasse les bornes !
LE PERE – Calmez-vous, voyons, mon cher. Quelle épouvantable méprise ! A vous voir vous démener ainsi on croirait que nous vous avons maltraité.
L'HOMME – Maltraité, c'est le mot.
LA GRAND-MERE – Vous dites ?
L'AINE – Maltraité, il paraît.
LE PERE – Pourquoi ?
L'HOMME – Vous êtes ici dans la maison d'autrui.
L'AINE – Quel esprit borné, avec sa « maison d'autrui » !
L'HOMME – De fait, je ne vous connais pas !
LE PERE – Voyons, il faut être au-dessus de ces petits détails. Notre frère est déjà autrui, on le dit bien. Inversement, autrui est encore notre frère. Va pour autrui, si vous y tenez. C'est le genre de choses dont il faut se soucier comme d'une guigne.
LES AMIS (acte 1)

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