"Petite, allume un feu..."

"petite, allume un feu...", implore la vieille chanson tzigane.
En effet, il vaut mieux profiter de la chaleur bienveillante des flammes, quand Martin Šmaus se met à nous raconter l'odyssée d'Andrej Dunka. L'histoire fait froid dans le dos, et les coups qu'Andrejko reçoit de la vie font souvent très mal.
Le récit de ses errances commence dans le petit hameau slovaque de Poljana, tout près de la frontière ukrainienne, mais se déplace très vite dans le quartier populaire de Žižkov à Prague. le garçon passe par plusieurs institutions d'"assimilation", il sillonne le pays en train, revient par deux fois à Poljana pour essayer de renouer avec un passé idyllique, mais l'époque change à la vitesse d'un cheval au galop, et le pays aussi.

C'est à une véritable épopée que Martin Šmaus nous convoque. On comprend dès lors l'impossibilité d'une vie, lorsqu'on est tzigane, surtout dans un période troublée. La moindre difficulté, et on devient un bouc-émissaire. L'histoire vous écrase alors, sans ménagement. L'incompréhension, le rejet, le mépris se vivent au quotidien, avec par instant quelques petits îlots de fraternité, quelques sourires, quelques gestes, improbables au début, parce que venant de là où on ne les attend pas.

Ces moments fugaces hélas ne durent pas, car la cavale ne s'arrête jamais quand la peau n'est pas très blanche, le nom assez typé et les rancunes tenaces.


les plus grands honneurs revenaient aux musiciens, disait-on alors, et aujourd'hui encore, quand quelqu'un prenait un violon ou une guitare entre ses mains, même la plus grosse brute, qui faisait la navette entre la prison et la taule, fondait et se liquéfiait comme un bonhomme de neige sous le vif soleil du printemps. Même des enfants tout petits, en sortant du cinéma, parvenaient à chanter la musique du film, mais en l'agrémentant encore de fioritures, en ajoutant une deuxième et une troisième voix, et à lui insuffler vie, alors qu'en même temps, à l'école, ils n'arrivaient pas à chanter ne serait-ce qu'une petite chanson toute simple, parce que leur voix rebelle sautait comme une aiguille sur un disque rayé ; et les petits gadjé se moquaient d'eux, en disant qu'ils étaient bêtes.

Mais comment devaient-ils apprendre quoi que ce soit, quand à la maison ils parlaient et pensaient en romani, et qu'à l'école ils devaient passer au tchèque, langue étrangère et compliquée, langue des gadjé ?


On peut le constater la langue est superbe, et il faut rendre hommage aussi à la traduction de Christine Laferrière. Ce livre est une clef pour entrer dans un univers qui semble bien lointain quand la fraternité n'y est pas invitée.  

 

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