Kenzaburô Ôé
Kenzaburô
Ôé est né en 1935 dans l'île de Shikoku au Japon. Il étudie la
littérature française et soutient une thèse sur Jean-Paul Sartre.
Ses premiers textes paraissent dans les années 1950. En 1958, il
reçoit le prix Akutagawa, l'équivalent du prix Goncourt,
pour Gibier
d'élevage,
adapté au cinéma par Nagisa Oshima sous le titre Une
bête à nourrir. Seventeen paraît
en 1961. Inspirée par l'assassinat du chef de fil du parti
socialiste par un militant d'extrême droite de dix-sept ans, cette
nouvelle évoque le Japon du début des années 1960 avec la
recrudescence de l'ultranationalisme du parti impérial.
En
1964, la naissance de son fils, handicapé, bouleverse sa vie comme
son univers romanesque. Il s'inspire de ce drame dans un livre
déchirant, Une
affaire personnelle,
récit des trois jours qui suivent la naissance de cet enfant.
Dans
les années 1980, Kenzaburô Ôé s'intéresse à la littérature
latino-américaine et séjourne au Mexique où il enseigne à
l'université. Il reçoit le prix Nobel de littérature pour
l'ensemble de son œuvre en 1994.
Écrivain
original qui rejette le système des valeurs de la société
existante et reflète les interrogations et les inquiétudes de la
génération d'après-guerre, Kenzaburô Ôé incarne la crise de
conscience d'un pays emporté par la fuite en avant.
TRIBU BÊLANTE
Un policier entre deux âges entra à la suite de son jeune collègue ; il se frottait les yeux, faisant au mieux pour chasser le sommeil. S'instaura alors une atmosphère d'interrogatoire.
Vous dites que vous avez été battu par des soldats américains ?
Non, ils ne l'ont pas battu. Il s'agit de voies de fait beaucoup plus vicieuses.
Soyez plus clair. Qu'entendez-vous par « voies de fait »
Dans l'autobus, des soldats étrangers éméchés ont fait déculotter ce garçon et d'autres personnes. Et sur leurs derrières nus...
Et sur leurs derrières nus... ? Y a-t-il eu blessure ou quelque chose du même ordre ?
Ils les ont fessés.
Qu'est-ce que tout ça signifie ? Il ne s'agirait pas d'une plaisanterie ?
Comment ? Vous croyez que nous... ?
Soit ! Il a reçu des claques sur les fesses ! Il n'en est pas mort, non ?
Non, il n'en est pas mort. Mais on l'a obligé à mettre ses fesses à l'air dans un autobus bondé et à se mettre à quatre pattes comme un chien !
A-t-il été menacé ?
Avec un grand couteau.
Et vous êtes bien sûrs que c'étaient des soldats du camp étranger ? On va pour le principe prendre note de votre plainte. Toutefois, dans les affaires de ce genre, nous devons procéder avec la plus grande circonspection ; sinon il y a des risques...

Commentaires
Enregistrer un commentaire