Alberto Olmedo
Un
ciel de plomb, ce jour-là à Mar del Plata. Le samedi 5 mars 1988 à
7h45 se sont éteints tous les rires : la pluie semblait
contenir tous les pleurs d'une Argentine qui, brutalement, devait
dire adieu à un de ses acteurs les plus populaires. Alberto Olmedo,
celui qui avait provoqué tant de rires à la télévision et au
théâtre, tombait du balcon du onzième étage de l'édifice Maral
39, face à la mer. Le génial acteur de Rosario avait joué sa
dernière plaisanterie en tombant de la corniche. Ce fut une mauvaise
blague, mais le destin en avait décidé ainsi : il mourait à
54 ans, alors qu'il était au sommet de sa carrière, et à quelques
heures de savoir qu'il serait père prochainement. LA NACION
Pablo
Iglesias est acteur, dramaturge, metteur en scène et. Il s'est formé
aux moyens audiovisuels à l'Université de Belgrano . Il a reçu
divers prix et quelques unes de ses pièces ont été traduites en
français et en anglais. Il a écrit un monologue intitulé : « Un
jour avant la mort d'Olmedo ».
Voilà
ce que m'a raconté mon frère il y a bien longtemps. C'était il y a
plus de vingt ans, un jour avant la mort du grand Olmedo. Cette nuit
après qu'on ait appelé de l'hôpital où ils essayaient en vain de
le sauver, notre maison de vacance se remplit de gens connus et
étonnants et lui est allé dormir le plus tranquillement du monde.
Le matin suivant il se réveilla en entendant les glapissements de
notre grand-père à la porte d'entrée, les vieux aussi étaient en
vacances, mais à Mar del Plata. On les fit revenir avec un mensonge
en leur disant que j'avais eu un accident avec la jeep dans les dunes
et que c'était grave. Et quand ils sont arrivés, on leur a dit que
j'étais mort. Les glapissements du grand-père semblaient être des
cris de femme et cela attira son attention. Ensuite la tante Bety
entra et lui dit : « Tu sais qui est mort ? » Et lui
pensa qu'il ne s'était pas encore réveillé et qu'il était en
plein cauchemar ou qu'elle était devenue folle. « Alberto
Olmedo » lui dit-elle.
C'est
alors qu'ils ont compris qu'il n'était pas question de la mort d'un
jeune acteur encore vierge, mais de la mort d'Olmedo, le meilleur
comédien, le plus grand, un immense talent comique. Et maintenant il
veut laisser le deuil pour l'humour et il me demande que je leur dise
quelque chose de comique. Il ajoute qu'il me remercie d'avance de
tout cœur, que pour le moment il va continuer à voyager, que seule
la route lui restitue l'humour sain, sans causticité mais que
lorsqu'il arrive à destination, il commence à le perdre. Qu'il va
malgré tout continuer parce qu'il est écrivain et les écrivains
savent bien que de la tragédie à la comédie il n'y a qu'un pas.
Qu'il terminerait bien ce micro-monologue avec un sketch amusant qui
fait rire, mais qu'il me recommande au grand Olmedo avec ferveur.

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