Ken Kaikô
Kaikô
Takeshi (ou Kaiko Ken)
est né en 1930. Après une enfance difficile - son père meurt en
1943, il connaît la faim et la misère. Il doit exercer toutes
sortes de métiers, réussissant néanmoins à finir ses études de
droit. Il devient publicitaire, notamment pour les whiskys Suntory
(avant Bill Murray dans Lost
in Translation).
Il
se fait remarquer en 1957 avec la nouvelle Panique (Panikku).
Il obtient le prix Akutagawa en 1958 avec Le Roi Nu (Hadaka
no Ôsama).
Journaliste,
il assiste au procès Eichmann en 1961. Il se rend à plusieurs
reprises au Viêt-nam en 1964. Ce qu'il y voit le marque
profondément.
Outre
parcourir le monde (souvent dans des zones de conflits), il
appréciait les bonnes choses (on en trouve la trace dans sa
nouvelle Romanée-Conti
1935, 1973),
et la pêche.
Il
est mort d'un ulcère à l'oesophage en 1989.
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Un beau matin, à une heure tardive, on se réveille dans une quelconque métropole, et on se rend compte -sans être au fait de la gloire certes, mais sans se retrouver non plus changé en un gros coléoptère brun- que la décision de rentrer au pays est bel et bien prise. On reste encore une petite heure à se retourner dans ses draps, absorbé par ses pensées, et lorsqu'on a compris, après l'avoir examinée sous divers angles, que cette décision était irrévocable, on s'extrait de son lit. On descend dans l'avenue inondée du scintillement des vitrines, où flotte une odeur de pain chaud, et, au petit bonheur la chance, on se rend dans une agence de voyage pour chercher un vol regagnant Tôkyô et y réserver une place. La réservation effectuée, alors qu'ayant poussé la porte de verre on s'apprête à sortir dans la rue, on a l'impression qu'un point à la ligne a été mis à la phrase qui s'étirait interminablement. Impression aussi d'ignorer totalement ce qui viendra s'inscrire dans le nouveau paragraphe qui doit, en principe, continuer celui qui s'achève. On ne ressent pourtant aucune exaltation devant cet inconnu. Au moment du départ, il y avait, comme un bloc de papier blanc posé devant soi, la fraîche brillance de l'anxiété, traînée nébuleuse sans cesse traversée de vifs éclairs, mais au retour il ne reste, une fois mis le point à la ligne, qu'à commencer un nouveau paragraphe et si, de fait, le futur reste nébuleux, il ne contient plus ni anxiété ni éclairs.

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