Sōseki Natsume
Auteur de romans et de nouvelles,
Sōseki Natsume (1867-1916) représente la transition du Japon vers
la modernité, pendant l'ère Meiji.
Il prend comme nom de plume,
en 1888 "Sōseki" (littéralement : "se rincer la
bouche avec une pierre").
Après trois ans d'étude en
Angleterre, il retourne au Japon et il enseigne à son tour la
littérature anglaise à l'université impériale de Tokyo. Ces
études de littérature anglaise ont fait de Soseki Natsume un des
premiers écrivains japonais à avoir écrit des œuvres dans
lesquelles l'influence de l'écriture occidentale se fait
sentir.
Auteur de nombreux essais et de plus de 2500 haïkus,
c'est en 1905 qu'il connut soudainement la célébrité grâce à son
roman "Wagahai wa neko de aru" (Je suis un chat), une
satire sur la société japonaise de l'ère Meiji. Fort de ce succès,
il se consacra exclusivement à l'écriture (laissant tomber
l'enseignement).
Son livre intitulé "Kokoro"
("Cœur", dans le sens spirituel du terme) est considéré
au Japon comme son plus grand chef-d'oeuvre.
L'importance de
Soseki Natsume dans l'histoire culturelle du Japon est si importante
que les billets de 1000 Yens sont à son effigie et qu'aujourd'hui
encore, de nombreux écrivains s'inspirent de son travail.
SEPTIEME NUIT
On dirait que je suis à bord d'un énorme navire et que je me trouve submergé par un soudain découragement. Il n'y avait pas moyen de savoir quand nous toucherions terre, et notre destination elle-même restait un mystère.
Un jour que le navire tanguait sous un ciel de plomb, je vis une femme appuyée au bastingage, qui pleurait amèrement. Elle essuyait ses larmes avec un mouchoir blanc, et portait une robe d'indienne. A la voir ainsi, je compris que ma tristesse était partagée.
L'ennui me pesait tellement que je pris la décision de mourir. Un soir, choississant un moment où le pont était désert, je me précipitai par-dessus bord. A l'instant même où mes pieds quittaient le pont, coupant tout lien qui me retenaient au navire, je découvris soudain que je tenais à la vie. Du fond de mon cœur, je regrettais déjà mon acte, mais il était trop tard : j'étais condamné à m'abîmer dans l'océan. La coque devait être immense car je n'atteignais toujours pas l'eau, bien que le pont fût déjà loin. Ne pouvant m'agripper à rien, je voyais les vagues se rapprocher de plus en plus vite. J'avais beau replier les jambes sous moi, l'eau sombre se rapprochait.
Pendant ce temps, le navire m'avait dépassé, crachant toujours son épaisse fumée noire. Je commençai alors à comprendre qu'il eût mieux valu rester à bord, même sans connaître la destination du navire, mais cette découverte tardive était désormais inutile.
Et, rongé par l'angoisse et d'infinis
regrets, je continuai doucement ma chute vers les ténèbres de la
houle.

Commentaires
Enregistrer un commentaire