Hakucho Masamune

Masamune Hakuchô (1879-1962) est né dans une famille de propriétaires terriens, sur les bords de la Mer intérieure. Il compte parmi ses ancêtres des lettrés, poètes et philologues, et sa sensibilité littéraire s'éveille très tôt auprès d'un père soucieux de transmettre cet héritage.
Mais il se tourne bientôt vers l’Occident. Arrivé à Tôkyô en 1896, il commence des études d’anglais, puis d’histoire et de littérature.
Après avoir traduit Gorki, Maeterlinck et Nordau, il se fait remarquer par ses premières œuvres : Poussières (1907), Où t’en vas-tu ? (1908), Enfer (1909), Maigres Lueurs (1910) ou Poupée d’argile (1911).
Le moment naturaliste passé, Hakuchô continue à écrire, sans se limiter au roman. Il pratique assidûment la critique littéraire. Dans les années 1930, il donne des récits de ses voyages en Europe, aux États-Unis et en Chine. Institutionnellement reconnu, et d’une longévité exceptionnelle, il se fera aussi le chroniqueur du naturalisme avec Grandeur et décadence de la littérature naturaliste.


PAYSAGE D'AUTOMNE


A... était à l'agonie depuis plusieurs jours déjà. Nous étions à son chevet.

« L'autre jour, intervint la femme de H..., l'une de nos chèvres est morte soudainement, et je me demande si elle ne s'est pas laissée mourir avant mon beau-père, car il l'aimait beaucoup et en prenait un soin particulier.

« Et puis, il n'y a pas longtemps de cela non plus, un vieil homme est venu de l'école catholitique d'Okayama, qui nous a dit que A... avait consenti à recevoir le baptême et qu'il irait donc ainsi en Paradis. »

Je l'écoutai parler avec la même attention que si elle m'avait dit un conte merveilleux. Même imposé du dehors, un baptême m'apparaissait en effet comme susceptible de tempérer les affres de la mort. Bien sûr, A... serait enterré dans le temple tout proche selon le rituel bouddhique de nos ancêtres, mais l'idée qu'il pourrait bénéficier en plus de la bénédiction chrétienne, une fois sa dernière heure venue, me rendait plus doux – à moi peut-être plus qu'à lui-même encore- les tourments inhérents à la destinée de l'homme.

« Si on lui faisait une transfusion, peut-être pourrions-nous le garder encore quelques jours en vie ? »

« Sans doute ne tiendra-t-il pas jusqu'à la fin du mois... » Les hypothèses touchant le sort de A... allaient bon train, d'autant que personne n'était sûr de rien.

« Nous pourrions aller à la pêche demain, lança brusquement I..., comme sous le coup d'une impulsion soudaine. J'ai l'impression qu'il va faire beau. »

 

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