Katai Tayama
Katai
Tayama est né le 13 décembre 1871 dans la ville de Tatébayashi, au
nord de Tokyo, et mort le 13 mai 1930.
C’est
en 1907 qu’il écrit Futon,
« roman du je » (généralement considéré comme le premier du
genre au Japon) où il décide, tranchant avec les manières
sentimentales qui caractérisaient son œuvre jusqu’alors, de
mettre à nu sa nature tiraillée jusqu’au déchirement entre la «
raison droite » qu’exige de lui la société et ce qu’il désire
idéalement, charnellement, amoureusement, au plus profond de son
cœur.
Son
expérience de la guerre russo-japonaise, ses lectures de Maupassant,
de Hauptmann, de Ibsen, de Tourgueniev… contribuèrent sans doute à
la genèse de cette œuvre autobiographique : échantillon du
tempérament d’un homme de son temps dévoilant en parfaite
conscience des vérités découvertes dans la vie même.
LE MALADE DE BEAUTE
La beauté de ces yeux, de ces mains, de cette chevelure ! Comment peut-il y avoir une créature si belle dans ce monde vulgaire ? pensa-t-il immédiatement. Sugita la détaillait tout son soûl, profitant des circonstances qui les immobilisaient tous les deux dans ce train bondé, et toute son âme se repaissait de sa beauté.
Les voyageurs étaient de plus en plus nombreux. A Ushigome, il faillit être repoussé hors du wagon. Il restait accroché à la barre de laiton, sans détacher ses yeux de la jeune fille, perdu dans un ravissement à lui faire oublier sa propre existence, mais arrivé à Ichigaya, une poignée de voyageurs monta et dans la bousculade qui s'ensuivit, il se retrouva quasiment sur le marchepied.
Un roulement de sifflet, et le convoi s'ébranla ; tout à coup, après quelques mètres, il accéléra brusquement. La situation devint alors confuse, mais il semble en tout cas que deux ou trois des passagers de la plate-forme perdirent l'équilibre et basculèrent sur Sugita -toujours fasciné par la jeune fille- qui lâcha la barre de laiton et partit instantanément en un superbe saut périlleux, sa grande carcasse s'en allant rebondir comme un vulgaire ballon sur la voie. L'avertissement crié par le contrôleur vint trop tard : la malchance voulut que le train montant débouchât alors en faisant trembler le sol. En un instant la grosse masse sombre avait été traînée sur plusieurs mètres et un long filet cramoisi teintait le rail.
La sirène d'alarme déchira l'air d'un hurlement perçant.

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