Saikaku
« Tout a été pour le mieux ce soir. Les noces sont en train d'être consommées ! » Tandis qu'on parlait ainsi, le fiancé se disposait à goûter la nuit la plus délicieuse de sa vie. Dénouant son pagne en crêpe de soie écarlate, il s'étendit aux côtés de sa jeune épouse et tout fier de l'effet que produisaient les cheveux de ses tempes, il commençait déjà à la lutiner, s'apprêtant à inaugurer une union de mille siècles, lorsque tout à coup :
« Comment ? Que faites-vous ? S'écria-t-elle, et ses beaux traits avaient paraissaient changés. Vous me dégoûtez ? Si vous portez la main à ma ceinture, je vous mordrai. Au moins, vous voilà prévenu ! »
Le jeune homme n'en revenait pas de sa surprise :
« Pourquoi me détestez-vous ainsi ? Je ne peux tout de même pas sans perdre la face laisser mon épouse légitime me battre froid ! » dit-il et il voulut la forcer. Mais elle :
« Je ne suis pas celle que tu crois ? Je suis venue jusqu'ici pour ne pas désobéir à mes parents, mais je ne veux pas d'un homme qui me déplaît. Tu sais ma résolution et j'ai de quoi la soutenir jusqu'au bout. Tu ne me ramèneras pas vivante avec toi ! » Et elle tira son poignard.
Le jeune homme, dessillé, se retint par peur du scandale et fit venir discrètement la femme de chambre :
« Verrait-elle un amant? » l'interrogea-t-il.
« Point du tout ! Mais depuis qu'il a assisté il y a peu de temps à une représentation d'Arashi, elle n'est plus elle-même et ne cesse de répéter qu'elle ne souhaite pas se marier. »
Le jeune homme acquiesça : « Il n'y a pas de doute, elle a succombé au charme de cet acteur."
Arashi, vie et mort d'un acteur (1688)

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