Tatsuji Miyoshi

Les débuts de Miyoshi Tatsuji (1900-1964) coïncident avec la période d'effervescence qui marque, à la fin des années vingt, les arts et la littérature du Japon. Il termine des études de littérature française à l'université de Tōkyō quand il participe, en 1928, à la fondation de la revue Shi to shiron (Poésie et poétique), qui fera date. Il traduit des poèmes en prose de Baudelaire, entreprend en commun avec Kobayashi Hideo une version des Fleurs du mal. Son premier recueil poétique, Sokuryōsen (Le Navire océanographique), en 1930, est l'une des réussites les plus éclatantes de la nouvelle génération.

Bientôt, il s'écarte de cette orientation « moderniste ». La revue Shi genjitsu (Poésie-réalité), à laquelle il apporte son concours actif, récuse les perspectives du surréalisme. Il se consacre au travail de traducteur qu'il a choisi en guise de profession et quitte Tōkyō. Il atteint bientôt un large public : le volume Haru no misaki (Cap du printemps), où sont réunies ses quatre premières œuvres, est tiré à plus de 200 000 exemplaires.

L'obsession du « voyage », la condition précaire du « voyageur » sont rappelées sans cesse, jusque dans ses derniers poèmes. Après la guerre, pourtant, il reprend goût aux expériences formelles et son ironie se donne libre cours (1952, Entre les bosses du chameau).



LE COL

J'étais assis en haut du col.

Ce petit col sans nom était entièrement dissimulé dans les taillis et les fourrés. C'est à peine si je pus trouver, après une cigarette, le poteau indicateur dans la verdure foisonnante.

Mon cœur vide, en contemplant ces petites montagnes, se consolait de sa légère fatigue dans la beauté de cette journée d'automne.

J'ai éteint avec soin ma cigarette. L'après-midi était déjà avancée. Puis en pensant à ce chemin où je ne rencontrerais personne, à cette descente inconnue dans les herbes profondes, j'ai ressenti la tristesse d'avoir à me lever trop vite, en cet instant où, loin des hommes, j'avais la liberté d'un oiseau. Déjà les jours s'étaient accumulés. Et je sentais dans mon âme, la langueur maladive du voyage. Mais il fallait que mon cœur de voyageur soit pour moi ce jour-là celui de nos anciens poètes qui ont célébré sur leur route les saisons en s'abandonnant à la nature environnante. Bientôt la mer apparaîtrait. Et pourtant, ô mon cœur, comme tu es blessé par l'automne !

Je voulais écouter le vent des pins dans ce village du bord de mer, et, de la fenêtre des bains de son auberge obscure, le bruit des vagues qui venaient se briser dans mon cœur. J'ai descendu le col.

 

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