Yoshio Toyoshima

Toyoshima Yoshio (27 novembre 1890 – 18 juin 1955)

Romancier, traducteur et écrivain pour enfants. Alors qu’il fréquentait l’Université impériale de Tokyo en 1914, il publia la 3e saison du magazine Shin-shicho avec Akutagawa Ryunosuke et d’autres. Il fut très apprécié par Nakamura Seiko et Toyoshima fit ses débuts dans le monde littéraire. Alors qu’il enseignait à l’université Hosei, à l’université Meiji et à l’Université impériale de Tokyo, il continua à écrire des romans anti-naturalistes comme Nozarashi en 1923. Il était également connu pour ses traductions de qualité des Misérables de Victor Hugo et de Jean-Christophe de Romain Rolland.


SONGES VENUS D'UN SAKE TROUBLE


Chinoyo avait été retrouvée morte dans un terrain vague, un suicide par le poison.

Monsieur Shû extirpa une coiffeuse miniature. Celle-ci, de couleur verte, avait l'air d'un jouet. Il se mit à ouvrir tous les tiroirs et à en sortir des objets futiles : des flacons contenant de la poudre ou de la crème, des produits de maquillage, des peignes et des épingles, des brosses. Il rangea les plus petits dans les tiroirs de la coiffeuse miniature et plaça les autres dans la caisse, où il fourra également la coiffeuse et tout le reste des affaires de la jeune femme.

Nous avons marché pendant une heure pour arriver à l'endroit même où avait reposé le corps de Chinoyo.

Monsieur Shû se mit à manier la pioche. En réalité cela n'en valait pas la peine. Le sol était plus meuble qu'il ne semblait et une houe suffisait amplement. Ce travail nocturne était tout auréolé de mystère. On eût dit des gnomes qui tentaient de s'emparer d'un trésor souterrain. En fait, celui qui creusait le trou était seulement Monsieur Shû, et moi, Nojima, j'assistais à la scène en spectateur. Celle-ci, comique et irritante à la fois, méritait qu'on s'en moquât. Pourtant des larmes me montèrent aux yeux.

  • C'est bien suffisant ainsi, lui dis-je à voix basse, paraissant craindre qu'on l'entendit.

Nous nous penchâmes au-dessus du trou. Celui-ci était d'un noir profond. A ma grande stupeur, je me surpris à dire :

  • Enterrons donc ici la mélancolie de l'Asie.

Monsieur Shû reprit docilement :

  • Enterrons ici la mélancolie de l'Asie.

Avons-nous réellement échangé ces propos ?

Je remis la caisse à Monsieur Shû. Celui-ci l'envoya au fond du trou et murmura des paroles qui ne me transmettaient aucun sens ni émotion.

 

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