Tatsumi Hijikata
Hijikata Tatsumi (1928-1986) créateur de l’ankoku butō (danse des ténèbres) à l’aube des années 1960 au Japon, révolutionna la notion même de danse moderne, imposant un univers fantasmatique et transgressif, renversant toute notion d’harmonie ou de beauté chorégraphique. Artiste visionnaire, il accouche d’un corps humain difforme, souffrant, orgiaque et impie, d’une obscénité inacceptable dans une société en pleine normalisation consumériste.
Son style puise à des sources hétéroclites, mêlant onirismes traumatiques de son enfance rurale et mondes artistiques hérétiques qu’il phagocyte et régurgite en une version érotique et grotesque inimaginable avant lui.
Danseur et chorégraphe, créateur du butô, Tatsumi Hijikata fut également enseignant. C’est peut-être parce qu’il considérait que la danse contemporaine japonaise débutait avec lui que ses créations ont trop souvent été comprises comme l’expression et le symbole d’un Japon post-atomique rejetant toutes formes d’acculturation avec l’Occident. Or une lecture attentive de son œuvre révèle une pensée moins univoque et beaucoup plus riche.
Dans le Japon d’après-guerre, Hijikata était une personnalité excentrique revendiquant son positionnement aux côtés des exclus, des marginaux et des opposants. Le Japon des années 70 fut marqué par une opposition virulente à la politique gouvernementale et fut secoué par d’importantes convulsions sociales (principalement en 1960 et 1968). Dans une société en crise, qui défend l’intégrité de la Constitution de 1947 et dénonce le Traité de sécurité nippo-américain, c’est un corps également en crise, privé d’une motricité normale, qui est donné à voir par Hijikata dans ses spectacles.
Ses œuvres sont nourries du travail de création qu’il a mené avec d’autres artistes, notamment des plasticiens, comme Natsuyuki Nakanishi ou le photographe Eikoh Hosoe. Hijikata considérait que les arts de la scène, la littérature et les arts plastiques étaient indissociablement liés. Ses influences principales sont à chercher du côté de Vaslav Nijinski, de Mary Wigman et de la Neue Tänze allemande, d’Antonin Artaud et de Jean Genet, ou encore en peinture de Francis Bacon.






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