SHIMAKI Kensaku

SHIMAKI Kensaku est né à Hokkaido en 1903.

En 1918, Il  publie un magazine littéraire, le « Kunugi no Mi »dans lequel il publi des tanka et des essais sous le nom de plume de ASAKURA Tengai. L’année suivante, il quitte l’Hokkaido pour Tokyo afin de continuer ses études, mais il contracte la tuberculose et ne peut mener à bien ses projets.

En 1925, il quitte l’université et  rejoint le mouvement paysan. En 1927, il devient un membre actif du Parti communiste japonais, mais la maladie ne le laisse pas tranquille. L’année suivante, il est arrêté par la police et ne sera libéré qu’en 1932 pour raison médicale.

En 1934, il publie sa première œuvre « Rai » (La lèpre) dans le magazine « Bungaku Hyoron » qui est basée sur son expérience carcérale et qui lui valut un grand intérêt de la part du monde littéraire japonais. Ensuite, il publie « Momoku » (La cécité) dans le magazine « Chuo Koron » qui confirme son statut d’écrivain. « Kuro neko » (le chat noir) est une œuvre posthume. SHIMAKI Kensaku meurt en 1945 à l’âge de 41 ans.

LE CHAT NOIR

Le lendemain matin, ma mère traîna ce chat noir qu'on avait eu tant de mal à attraper et l'attacha solidement à un arbre derrière la maison.

  • Qu'est-ce que maman a l'intention d'en faire ?

  • Le tuer, bien sûr ! Elle dit que ce n'est pas un spectacle pour des jeunes ; elle s'arrange pour ne pas me laisser approcher.

Je me tâtais pour prier ma mère de faire grâce au chat. Je trouvais qu'il le méritait, mais on prit cela pour un luxe de malade. J'étais fasciné par sa solitude hautaine fermée à toute flagornerie. Pratiquer de nuit un pareil brigandage, ne pas se trahir pendant la journée, soutenir mon regard sans sourciller – pour un tel cran qui allait au-delà de la simple arrogance, il méritait qu'on lui fît grâce. Homme, il eût été tout naturellement son propre maître ; mais le destin lui avait joué le mauvais tour de faire de lui un chat de gouttière.

Comment ma mère s'y était-elle prise ? Les vieilles gens ont leurs moments d'extrême sensibilité, leurs moments aussi d'impitoyable insensibilité. Ma mère avait dû procéder avec l'indifférence des vieillards. Est-ce que, même à ses derniers instants, la bête n'avait poussé aucun miaulement ? Ma mère avait choisi le moment où je m'étais endormi. Vers le soir, elle avait disparu un instant de la maison, faisant disparaître toute trace de l'animal.

Dès le lendemain, comme auparavant, j'ai repris mes sorties de quinze, vingt minutes dans le jardin ensoleillé. Je n'y ai plus trouvé le chat noir ; seulement des bêtes serviles s'y traînant de-ci de-là comme de grosses limaces, qui me firent éprouver tout l'ennui, toute la stupidité de ma maladie dont je ne savais quand elle finirait. Je me suis mis, plus que jamais, à les haïr.



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