Le Chrysanthème et le Sabre
Ce livre est à l'origine une commande passée en 1944 à Ruth Benedict par le Pentagone pour tenter de mieux comprendre les mentalités japonaises et préparer la future occupation du pays. Le rapport fut remis l'année suivante, alors que la guerre n'était pas finie et que l'auteur n'avait jamais travaillé jusqu'alors sur la société nipponne. Le livre fut publié en 1946 et traduit dès 1948 au Japon, où il devint un best-seller (la première traduction française date de 1987).
Alors que les combats font rage entre forces américaines et japonaises, Ruth Benedict, sans jamais s'être rendue au Japon, s'attache à analyser, le plus objectivement possible, les ressorts de la mentalité dans l'archipel à partir des présupposés développés de manière théorique dans ses ouvrages précédents. Elle en tira une conclusion discutable, mais d'une importance politique majeure : ne pas toucher à la figure impériale après l'occupation. Douglas MacArthur la suivit sur ce point et Hirohito fut exempté de toute poursuite pour crime de guerre.
Pour elle, la notion centrale est la honte : les Japonais doivent se tenir et agir conformément aux codes appris quand ils sont en public, mais peuvent s'en détacher à l'abri des regards. La société américaine serait, elle, déterminée dans ses conduites collectives par la peur de la faute (du péché sous le regard de Dieu). Partant, on a trop souvent simplifié sa thèse en opposant des sociétés de la honte (les sociétés holistes) aux sociétés de la faute (les nôtres).
"Dans la philosophie japonaise, la chair n'est pas le mal. Jouir des plaisirs qu'elle donne n'est pas un péché. L'esprit et le corps ne sont pas des forces adverses dans l'univers, et les Japonais vont jusqu'au bout de ce que ce principe implique. Le monde n'est pas un champ de bataille où s'affrontent le bien et le mal."

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