Hiroshi Sugimoto : Theaters

Photographie, peinture, installations, Hiroshi Sugimoto est un artiste contemporain à la pratique pluridisciplinaire. C’est en 1976 qu’il commence sa série Theaters. A l’époque, il s’était alors habillé en touriste, et, dans un cinéma, il a capturé une image à l’aide de son appareil et une longue exposition qui aura duré près de deux heures, soit le temps du film. Utilisant la source lumineuse du projectionniste et de son film, il capture les détails de la salle et l’écran se transforme alors en un bloc monochrome brillant.
Une vision belle et étrange que le photographe qualifie lui même d’hallucination.

 

Fasciné par la question du temps et de la mémoire en photographie, Hiroshi Sugimoto cherche à exprimer sa propre vision du monde à travers l’œil d’un appareil photographique. C’est avec cette idée là qu’il a commencé la série Theaters, dans une salle de cinéma new yorkais, le Saint Marks, où le temps d’exposition de sa prise de vue correspondait à la durée du film soit 170 000 images réunies en une seule photographie. Il en résulte un halo blanc émanant de l’écran qui éclaire la salle : je me rendis compte que j’avais sous les yeux, extériorisée sur le négatif, mon exacte vision intérieure. Cette image n’existait pas dans la réalité, je ne l’avais pas vue non plus de mes yeux. Qui, alors, l’avait vue ? Je crois que c’était l’appareil photo lui-même. L’image rémanente d’une accumulation d’images rémanentes… (Hiroshi Sugimoto).



Pendant quarante ans, Sugimoto multiplie les photographies de salles de cinéma et de drive-in à travers le monde en suivant ce même protocole évoquant ainsi un sentiment d’intemporalité.

Un texte inédit de Hiroshi Sugimoto imprégné de philosophie, de l’histoire des civilisations anciennes et de spiritualité, nous éclaire sur sa démarche et son exploration conceptuelle du médium photographique. 

Je suis un interlocuteur habituel de moi-même. Un soir, alors que je prenais des photos au Musée américain d’histoire naturelle, j’ai eu une vision presque hallucinatoire. Ma séance de questions-réponses interne avant cette vision ressemblait à ceci : « Supposons que vous tourniez un film entier en une seule image ? » La réponse : « Tu as un écran brillant. » J’ai immédiatement commencé à expérimenter pour réaliser cette vision. Un après-midi, je suis entré dans un cinéma bon marché de l’East Village avec une caméra grand format. Dès que le film a commencé, j’ai fixé l’obturateur à grande ouverture. Quand le film s’est terminé deux heures plus tard, j’ai fermé l’obturateur. Ce soir-là, j’ai développé le film, et ma vision a explosé derrière mes yeux.

Hiroshi Sugimoto


Jusqu'au 13 septembre au musée Soulages, à Rodez. 
musée-soulages-rodez.fr







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