Akatsuki Kambayashi

Kambayashi à l'hôpital St John

 Akatsuki Kambayashi naît le 6 octobre 1902, à Tanokuchi, dans la préfecture de Kōchi, au Japon. À la fin de sa scolarité, il s'installe en 1922 à Kumamoto, dans le quartier Kambayashi, dont il prend le nom pour pseudonyme. Il étudie la littérature anglaise à l'université de Tokyo jusqu'en 1927. Après cela il commence à travailler pour le magazine Kaizō. En tout, Kambayashi a publié plus de deux cents histoires et nouvelles, dont la plupart sont basées sur des expériences personnelles. Il est mort en 1980.


UNE BARGE BLANCHE

Vraiment c'était la mort, ça ? Je n'ai pas éprouvé la moindre peur. Je n'ai pas éprouvé la moindre angoisse. Je n'ai pas eu non plus le sentiment de m'y préparer.

Si ç'avait été la mort, j'aurais mieux fait d'en rester là. Je n'aurai plus besoin de m'y préparer. Je serais quitte de la peur. Je serais quitte de l'angoisse. Comme si je m'étais jeté à l'eau, les mains jointes et le sourire aux lèvres.

C'est aux bains publics, j'avais perdu l'usage de la parole.

(…)

Je suis arrivé chez moi sur le dos de quelqu'un, et je vois encore où l'on m'a couché. Le médecin du quartier est venu et je me souviens qu'il a tiré sur mes jambes engourdies. De la suite, je ne me souviens de rien. Je ne me souviens pas du tout avoir été mis dans une ambulance et transporté à l'hôpital. Quand j'ai su plus tard qu'on m'avait conduit à l'hôpital en faisant tout un tintamarre, j'ai pleuré. On m'aurait fait une injection de somnifère avant d'y aller.

Le bruit m'est parvenu que mon père est mort subitement en apprenant mon décès. Mon père, qui souffrait du même mal que moi, était resté alité quatre ans durant : il avait la vie dure, mais il faut croire que ma mort dans un accès de la maladie lui a causé un tel choc qu'il en est mort. Deux hebdomadaires ont même fait paraître des notices nécrologiques. Il m'a alors semblé que mon tibia amaigri et celui, usé par la maladie, de mon père s'alignaient côte à côte comme une paire de pilons, et j'ai poussé malgré moi quelques sanglots.


Ce texte fut dicté par Kombayashi, à moitié paralysé après une grave hémorragie cérébrale.

 

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