Cérémonie du thé

Si vous restez calme et que rien dans la création ne vous trouble, si vous entretenez de l'amitié avec les fleurs du printemps et les teintes de l'automne, buvant une gorgée de thé quand l'envie vous en prend, ce monde ne vous paraîtra pas trop détestable.

Karasuma Mitsuhiro (1579-1638)

L'office premier de la Voie du thé est certes de servir un thé vert dans un bol de thé, mais derrière ce simple geste « sans hâte ni lenteur » se cache l'absolue maîtrise de l'esprit déroulant chacune des séquences qui y aboutit. C'est un délicat exercice d'équilibre. Le vacillement de la flamme d'une bougie ou le cheminement de la lumière sur la natte, l'ombre portée de la silhouette d'un invité sur un mur d'adobe dont la surface est irrégulière, le son mat du manche de la louche retombant sur le tatami, le chuintement de l'eau dans la bouilloire surnommé « le vent dans les pins » sont autant de pièces indépendantes les unes des autres qui participent à la magie de l'ensemble.

Ce mot de thé m'accabla. Il n'y a pas, en notre monde, d'hommes plus prétentieux que les amateurs de la cérémonie du thé. Ils délimitent leur territoire exigu dans le vaste univers poétique et s'y recrovillent avec une extrême vanité, avec une extrême componction, avec une extrême mesquinerie, sans autre nécessité que de boire de l'écume et de se congratuler. Si ces règles vétilleuses contenaient un certain raffinement, ces amateurs suffoqueraient de raffinement dans les régiments de corps d'élite. Toute cette piétaille qui avance à coups de « Demi-tour, droite ! » et de « En avant, marche ! » ferait une excellente troupe de grands maîtres du thé.

Natsume Sôseki (Oreiller d'herbes)

Le maître de thé Sajin. Par Totoya Hokkei.




 

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