Dictionnaire amoureux du Japon
BRUITS ET SONS
Quelle ne fut pas ma surprise le premier jour où, tout juste arrivé au Japon, j'entendis dans la rue un appel qui me rappela furieusement mon enfance au Maroc ! En écoutant mieux, je réalisai qu'il s'agissait d'un chiffonnier qui proposait d'échanger de vieux journaux ou des vêtements usagers contre du papier toilette, tout comme ce vieillard chenu qui passait à Casablanca en poussant sa bicyclette, et chantonnait « Vieux habits ! Vieux habits ! ». Son homologue japonais allongeait la fin de sa phrase « Chirigami kôkan ! » (littéralement : « Echange papier toilette ! ») de l'exacte même manière. La seule différence résidait dans la modernité du japonais : il conduisait une minuscule camionnette sur le toit de laquelle était fixé un petit haut-parleur qui diffusait son message enregistré à l'avance, lui permettant de fumer sa cigarette en toute quiétude.
Identique marchand de rue, ce vendeur de perches de bambou pour faire sécher le linge, qui annonçait son passage au moyen de l'enregistrement d'un boniment déclamé par une voix de femme délicieusement sirupeuse : « Takeya, Saodaké ! », et cela déclenchait invariablement de lascives images.
C'est une autre sorte de réflexe pavlovien que suscitait la voix mâle du vendeur de patates douces qui passait la nuit en entonnant sur fond de vapeur échappée du sifflet de la cheminée de son four à bois sa mélopée...
Richard Collasse (Dictionnaire amoureux du Japon)

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