Abe Sada
La photo est à la une de tous les journaux. On y voit une femme radieuse, encadrée par des policiers. Ils viennent de l’arrêter dans sa chambre d’hôtel, à Tokyo, le 20 mai 1936. Trois jours plus tôt, dans un autre établissement de la capitale, Sada Abe étranglait son amant, Kichizo Ishida, avant de l’émasculer. Elle avait quitté les lieux au petit matin, recommandant au personnel de laisser son compagnon se reposer. La découverte du corps mutilé, orné du message «Sada, Kichi, Futura-kiri» («Sada, Kichi, ensemble») tracé en idéogrammes de sang, met la police en branle et la population en émoi. Il se murmure même que cette meurtrière hors normes aurait transporté les attributs de l’être aimé dans sa obi, la ceinture de son kimono… Le fait divers le plus scandaleux du Japon vient de secouer tout l’archipel, et quatre-vingt-un ans plus tard, l’histoire de Sada Abe continue de hanter les mémoires.
Le 20 mai 1936, après trois jours d’errance, Sada Abe, tout sourire, est arrêtée par la police de Tokyo |
L’histoire, les protagonistes, la scène : tout est présenté par la presse comme une pièce de théâtre. Les scénarios et les langues changent, mais l’intérêt morbide pour ces faits divers se retrouve partout dans le monde. Par exemple, tu connais l’affaire Sada ? Son histoire a créé tellement de rumeurs, qu’elle a inspiré, entre autres, le film L’Empire de sens de Nagisa Ōshima et plusieurs ouvrages écrits. La presse était aux anges, le public voulait en savoir toujours plus. Le Japon était secoué par des vagues de frissons de Sapporo à Okinawa. Après avoir été sur la bouche de Kichizō Ishida, son amant et victime, Sada était sur la bouche de tout le monde. La nuit du 18 mai 1936, le tatami s’est taché d’un rouge écarlate, à jamais.


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