Cristina Civale



Cristina Civale, qui est née à Buenos Aires en 1960, est écrivain, journaliste, éditrice, feuilletoniste, réalisatrice de courts-métrages et impresario dans le domaine de la culture. Elle écrit aussi des textes érotiques.

Fille facile

Quand je montai dans l'autobus, l'homme était déjà là, debout, comme s'il m'attendait. C'était la première fois que je le voyais. Il faisait froid, même si c'était un après-midi de printemps. Moi, j'étais couverte jusqu'aux dents. Je portais une paire de gants noirs et un chapeau ; j'avais conscience d'un certain négligé d'autant que j'avais mis à la hâte mon rouge à lèvre.
Un femme est venue s'asseoir à côté de moi ; l'homme restait debout alors qu'il y avait de la place dans tout l'autobus. Je sentais son regard sur ma nuque. Puis le siège se libéra au premier arrêt. Et il en profita pour prendre place à mes côtés.
J'oubliai l'homme et me concentrai sur toute la misère qui m'attendait. Pourtant quelque chose rendait sa présence obsédante. Une sueur prémonitoire commença à parcourir tout mon corps.
Au début je ne m'en suis pas rendue compte, mais ensuite il n'y eut plus de doutes : l'homme avait posé sa main sur ma cuisse. En réalité, j'en étais à peine surprise. Comme il avançait vers mon entrejambe, je lui ai enlevé cette main, mais sans trop de conviction, ce qu'il prit, j'en suis sûre, comme une invitation. Il reprit donc son manège et il se mit à déboutonner mon jean. Quand ses doigts s'immiscèrent dans la partie la plus intime, je respirai le plus profondément que je pouvais, comme soulagée.
Il faisait maintenant presque nuit et nous étions dans le fond de l'autobus. Il réussit à me pénétrer d'un doigt (je ne sais lequel) et la jouissance était presque insupportable. Alors je décidai qu'était arrivé mon tour de lui donner du plaisir. Je voulais lui rendre avec ma langue ce qu'il avait fait avec ses doigts. Avec la bouche j'ouvris sa braguette et je cherchais... Là m'attendait une surprise : il manquait quelque chose ou il y avait quelque chose à la place. Un pubis touffu, un sexe de femme. Je l'embrassai de toutes mes forces et le pressai contre le mien. Puis je me levai en disant Muchas Gracias et je changeai de place. Elle ne me suivit pas. Probablement qu'elle resterait avec les marins.

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