Edgardo Lois
On
peut reconnaître les textes d'Edgardo Lois même s'ils en sont pas
signés. Qu'il s'agisse d'un roman étendu et littérairement
ambitieux comme « Mourir pour Peron » écrit en 2007 ou
de courts textes sur des situations concrètes ou encore de ses notes
journalistiques. Il a réussi à se créer un monde propre à lui. Ce
monde est fondamentalement un monde urbain, dans lequel apparaissent
les personnages de Buenos Aires qui ne sont pas précisément ceux
que retient un certain folklore d'exportation. En général, il est
question de personnes qui souffrent d'un certain type de marginalité,
d'exclusion sociale, de ceux qui vivent au coin de la rue sous les
intempéries. Comme cet homme qui perd peu à peu toute sa
bibliothèque en vendant ses livres à des prix modiques pour
survivre jour après jour.
Mónica
López Ocón (periodista y escritora, ex editora de cultura de la
revista Noticias, colaboradora de la revista Ñ y
responsable del suplemento cultural del diario Tiempo Argentino).
En
sépia
Balcon
La
lumière du jour filtrait à travers les fentes supérieures de la
persienne. C'était un jour froid et la lumière de l'aube pariait
sur un soleil timide, un de ces soleils qui demandent la permission
pour apparaître un instant sur la ville.
Le
regard parcourut la petite bibliothèque face à lui, sur laquelle
s'étalait la poussière, il ne la voyait pas, mais il savait qu'elle
était là, ça faisait des semaines qu'il ne l'avait pas époussetée.
Sur la petite bibliothèque face à lui il ne voyait pas les photos
qui avaient toujours occupé cet espace ; il ne les voyait pas
et ce n'était pas la faute du soleil qui demandait si timidement la
permission, il ne les voyait pas parce que lui-même les avait
enlevées. Images d'un temps gaillard et d'un tout autre soleil.
Il
se leva entre les plis du froid et respira, ou il semblait qu'il
respirait, à un jour nouveau ; il mit sa robe de chambre, c'est
son souvenir.
Il
commença à se hisser comme chaque matin, ce n'était pas la cours
de l'école, il n'y avait pas de mât, seulement la persienne sur la
fenêtre qui épiait l'avenue. Haut dans le ciel, il aimait penser à
l'Alta dans le ciel quand il remontait la persienne, alors que de
toujours le drapeau lui importait peu ; juste du respect quand
il était gamin, ensuite quand il entendait que c'était la patrie,
il le rejetait. Mais il lui restait ce truc de l'Alta dans le ciel
quand montait la persienne.
La
persienne remontée, il monta à son ciel de quinze étages ;
c'est alors qu'il regarda les plantes qui étaient en train de mourir
sur le balcon ; à côté du plus grand pot de fleur il y avait
un homme assis, les yeux bleus, bien ouverts ; l'homme qui était
assis sur le balcon était mort.
Ce
n'était pas un ange du matin. Ca ne lui ressemblait pas.
Aparicio
Bustamante, l'homme mort sur un balcon, fit la une du journal Cronica
du samedi 10 juillet 2004. A Buenos Aires, il semble qu'on peut aussi
mourir sur les balcons voisins, il suffit de monter ou de
descendre. C'est ce que se disait Ismael Núñez alors qu'il se
déplaçait entre son travail dans le centre et sa maison en
province. Dans le bus il regardait à travers les vitres crasseuses
du bondi les balcons des immeubles.

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