Nobuo Kojima


 Nobuo Kojima (小島 信夫) est né en 1915 dans la préfecture de Gifu et mort en 2006. Son œuvre décrit entre autres les conséquences de la défaite du Japon sur la psychologie des Japonais après 1945.

Nobuo Kojima se passionne très jeune pour la littérature et des auteurs japonais mais aussi occidentaux, entre autres Kafka, Gogol et Dostoïevski. Alors qu'il est au lycée, il commence à écrire pour des revues. Pendant ses études universitaires Nobuo Kojima enseigne un an dans un collège avant d'être envoyé en Chine. Démobilisé en 1946, il recommence à écrire.

Sa première œuvre publiée est Dans le train en 1948. Il écrit par la suite une trentaine de livres. En 1957, il obtient de passer un an aux États-Unis comme boursier de la fondation Rockefeller. Il remporte le prix Akutagawa en 1954 et le prix Tanizaki en 1966.

Parallèlement à son travail de romancier, il a été professeur de littérature anglaise à l'université Meiji, a traduit des auteurs américains comme J. D. Salinger et William Saroyan et a écrit un essai autobiographique en trois volumes sur les écrivains japonais modernes.




LE FUSIL

A vingt et un ans, au moment de quitter le pays, j'avais espéré recevoir d'une femme plus âgée que moi -elle avait vingt-six ans- et dont le mari était au front, le plus grand don que l'on pût attendre. Elle était enceinte de lui, et je la raccompagnais dans sa famille quand, dans la vieille auberge de la petite gare où nos étions descendus au hasard, en cours de route, j'avais caressé son ventre blanc tendu par sept mois de grossesse et avais enfoui mon visage dans les creux du relief de son corps ; cela seulement et nous nous étions séparés. A ma voix qui lui demandait de me laisser la toucher encore un peu, puisque c'était la dernière fois, elle avait -était-ce par expiation?- fermé les yeux, qu'elle garda clos, et avait par prudence saisi mes mains, qu'elle ne laissa plus libres. Ce furent ces vagues attouchements, son odeur et aussi son grain de beauté qui constituèrent mes points de repère.

Quand j'agrippais la crosse de mon fueil, je sentais mon existence confirmée. Comme s'il en émanait un flux de vie qui coulait vers moi. La crosse me faisait songer aux flancs d'une femme, avant qu'elle ne soit enceinte. En y mettant toute ma tristesse, j'étreignais les hanches étroites de mon arme...

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Kiku Amino

Kenshi Yonezu

Yukio Mishima