Aya Kôda
Aya
Kōda (幸田
文 Kōda
Aya, 1er septembre 1904 - 31 octobre 1990) était une essayiste et
romancière japonais. Elle était la deuxième fille du romancier de
la période Meiji Kōda Rohan. Sa fille Tama Aoki et sa petite-fille
Nao Aoki étaient également écrivaines.
Kōda
est né à Tokyo. À l’âge de cinq ans, elle perdit sa mère, puis
sa sœur cadette et son frère. Elle a étudié à la Tokyo Women’s
School. Elle s’est mariée à 24 ans, mais a divorcé
après 10 ans et est retournée vivre avec sa fille, Tama, chez son
père. Ses premières œuvres, écrites à l’âge de 43 ans,
étaient des mémoires de la vie avec son père.
Ses
nouvelles, romans et essais suivants exploraient la vie des femmes,
la famille et la culture traditionnelle. Elle a reçu le prix Yomiuri
pour « Le kimono noir » (Kuroi suso).
LE KIMONO NOIR
Le printemps expira ; vint l'automne, une année suivit l'autre. Le mariage se faisait longuement attendre. La fille si pleine de fraîcheur était, hélas ! laissée pour compte. Quand une femme a passé vingt-cinq ans, sa beauté intérieure, son rayonnement personnel augmentent, mais la ligne des épaules, la forme du dos voient décroître leur verdeur juvénile. Sournoisement le vieillissement part de points qui n'apparaissent pas dans le miroir ; le déclin gagne à partir de recoins qu'on ne remarque pas. A ce moment le noir est ce qui sied le mieux. Chaque fois que Chiyo revêtait son kimono de deuil, sa beauté s'en trouvait lumineusement avivée. Son chagrin spontané, dénué d'affectation, faisait merveille ; pour les condoléances, le brûlement d'encens, maintes expériences lui en avaient livré la clé ; assise à sa place parmi les autres femmes, on la remarquait tout de suite à l'éclat brillant de son kimono de soie noire. Parfois elle semblait réellement plus en deuil que la personne qui le menait.
Les méchantes langues ne l'épargnaient pas : « Les femmes ont bien de la chance ; pour tout capital, il leur suffit d'un kimono de deuil. Elles vont à un enterrement ; un brave type tombe dans le panneau ; et, le mariage fait, les voilà nourries à vie ! »
Qu'un
homme et une femme n'aient pu se rencontrer qu'à des enterrements,
voilà qui peut en dire long sur ce qu'était le sort de la femme
japonaises à une certaine époque...

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