Rinzô Shiina
Rinzō Shiina, né le 1ᵉʳ octobre 1911 et mort le 28 mars 1973, est un écrivain japonais.
Dès l'âge de 18 ans, il se prend d'enthousiasme pour le mouvement ouvrier et adhère au parti communiste. Il est arrêté pour ses activités politiques et emprisonné. À sa sortie de prison, il découvre Dostoïevski, Kierkegaard et Nietzsche. Il publie, après la guerre, ses premières œuvres, dont le Banquet nocturne (1947) où il s'interroge sur le sens de l'existence. Converti au christianisme en 1951 après une crise de désespoir, il s'intéresse aux rapports existant entre le protestantisme et la culture japonaise. Rencontre (1952), œuvre largement autobiographique ; Une belle femme (1955).
THERMOMETRE
Hirokichi avait apporté la boîte de carton qui était posée à côté de la petite table. Elle était pleine de lettres et de cartes. Masao n'avait pu s'empêcher de voir le dos des enveloppes ou le dessus des cartes que Hirokichi extrayait de la boîte pour les lui montrer. Certaines venaient de Tokyô, bien sûr, mais les autres provenaient de tous les coins du pays et, sur une carte-lettre qu'il lut intégralement, le signataire approuvait, dans un style enthousiaste, l'engagement passionné de Hirokichi contre les bombes A et H et les essais nucléaires.
Hirokichi avait repris, tout à coup, avec véhémence : « Il est dépassé, le temps des campagnes de signatures ou des manifestations. Quand on connaîtra le seuil de radioactivité, il sera déjà trop tard. Nous, les Japonais, on est tout juste des cobayes ! »
Ensuite, il avait commencé à aligner, une à une, des coupures de journaux devant Masao. Les gros titres des journaux rapportant les essais de bombes H britanniques dansaient devant ses yeux comme une menace terrifiante. Et il avait continué : « C'est pourquoi je pense m'embarquer pour l'île Christmas, sur le lieu même des essais. Bien sût, je suis prêt à mourir. Et j'ai déjà avec moi une vingtaine de personnes qui approuvent mon plan et sont tout aussi décidées à aller jusqu'au bout. »
Le jeune garçon avait acquiescé vaguement avec le regard pitoyable d'un chien qui vient d'être grondé.

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